Entretiens avec des pratiquants du zen

  1. Une femme de 36 ans
  2. Un homme de 39 ans
  3. Une femme de 77 ans
  4. Un homme de 64 ans
  5. Un homme de 21 ans
  6. Une femme de 49 ans

Une femme de 36 ans

Depuis combien de temps pratiques-tu zazen et qu’est-ce qui t’a amené au zazen?

Je pratique depuis une dizaine d’années. 2003 a été une année de gros changements pour moi : fin des études, fin de relation. Après mes études je suis partie en Amérique du sud et je me sentais en recherche, sans domicile fixe. J’ai commencé au Pérou en travaillant dans un foyer, Mais comme ce sentiment d’être sans abri restait, j’ai voulu essayer la méditation. A un moment donné je suis arrivée au zazen et j’ai trouvé un groupe de l’autre coté des Andes en Bolivie. J’ai cherché une chambre et j’ai pratiqué zazen avec ce groupe, ce qui m’a délivré de ce sentiment d’être en fuite. La communauté, la sangha, m’a intégrée très rapidement.

La pratique était au début très dure. Les sesshins commençaient à 4 heures du matin, et le moment arrivait où je n’en pouvais tellement plus que j’en pleurais. Après mon retour en Allemagne j’étais à nouveau très déchirée et ça a duré un certain temps jusqu’à je retrouve la voie. Lors d’une sesshin j’ai fait connaissance de mon partenaire actuel.

Est-ce que ce sentiment d’être sans domicile a disparu ?

Etrange en fait. C’est comme un souvenir, mais le sentiment a disparu. Grâce au zazen, j’ai remarqué que ce sentiment de dépend pas d’un lieu extérieur, et que l’on ne s’en débarasse pas en changeant de lieu.

Quand t’es-tu faite ordonner ?

Je crois que c’était en 2006. La décision de me faire ordonner a été un grand pas, car on se donne une ligne claire. L’ordination a été très importante pour moi. Ma pratique du zen est devenue moins arbitraire grâce à elle. Il y a tellement de groupes de zazen et j’aurais pu atterrir dans un autre groupe peut-être, mais à un moment donné il faut éclaircir les choses de sa vie et se décider. J’ai pris la décision de l’ordination très spontanément. C’était aussi pour moi un signe de la confiance à l’égard de la sangha. Je voulais ainsi exprimer aux gens de la sangha que je voulais en faire partie. Cela m’avait beaucoup touché et me touche encore aujourd’hui en en reparlant. Suivre la voie du zen est une décion existentielle qui me donne mon orientation.

Comment était-ce pour toi alors que tu étais enceinte et attendais un enfant ?

Ce n’était pas seulement agréable. Bien sûr je me réjouissais, mais j’avais également peur : est-ce que l’enfant allait bien se développer ? et si je pourrais aller jusqu’au bout de cette histoire ? D’un autre côté c’était beau et normal. Certes on est plus si libre, mais il se développe des liens étroits, une promiscuité amicale profonde.

Ma fille a maintenant trois ans et je pense qu’elle profite du zen. Ça lui plaît de venir avec nous en sesshin, même lorsqu’il n’y a pas d’autres enfants. Il se passe toujours quelque chose. Nous nous renouvelons en permanence et nous faisons des efforts. Elle le remarque certainement.

Ton partenaire et toi, vous faites tous les deux zazen ?

Nous nous efforçons de venir ensemble faire zazen. On ne travaille pas seulement en continu sur soi-même mais aussi dans la relation. Donc il faut de temps à autre se mettre en retrait et ne pas tout dramatiser. Parfois je me laisse emporter par des situations stressantes et ça me pèse. Alors zazen m’aide à revenir sur le sol. J’aime ça.

Quelle importance a zazen dans ta vie ?

Le zen est intégré dans de nombreux domaines de ma vie. D’une certaine manière le zen relie tout ou se trouve au dessus de tout. Le zen est le niveau religieux dans ma vie. Depuis que je pratique le zen, je ne me suis plus jamais posé la question du sens de la vie. Avant c’était un sujet permanent : que fais-je ici ? pourquoi suis-je ici ? C’est très libérateur quand ces questions ne se posent plus.

godinne2014

Un homme de 39 ans

Qu’est ce qui t’a amené au zazen ?

J’ai fais connaissance du zazen, il y a environ un an. A la suite de la lecture de la biographie du manager Steve Job, je me suis intéressé au Bouddhisme. Il était question d’un livre dont le titre est «  l’esprit du zen  » avec des sermons d’un maître zen du moyen-âge. Ils n’étaient pas compréhensibles intellectuellement, pas saisissables pour moi, ce qui d’un certain côté a défié ma raison, de vouloir en savoir plus. Dans le même temps mon épouse m’a offert un séminaire sur le stress, basé sur des exercices de pleine conscience (MBSR). Là à l’occasion de petits exercices de méditation, j’ai fait pour la première fois l’expérience de ce qui se ressent lorsque l’esprit est calme. Cela m’a aidé à comprendre les premiers cours et à renforcer ma foi dans la force de la méditation. Ensuite j’ai cherché un lieu, un groupe pour pratiquer. C’est ainsi que j’ai trouvé une communauté zen, dans laquelle on pratique sans tralala. Depuis je pratique zazen chaque soir 30 minutes et le dimanche deux heures avec le groupe.

Qu’est ce qui t’occupe particulièrement en ce moment ?

J’ai beaucoup à faire avec des personnes dans des positions de mangement élevées. Dans ce cadre l’avidité et la recherche du profit au détriment des autres jouent un grand rôle. Je crois que nous avons un problème énorme avec cette méritocratie, mais j’ai l’impression que ces personnes ne sont pas du tout conscientes des conséquences de leur façon d’agir et qu’ils en souffrent. Maintenant je réfléchis comment je pourrais familiariser ces personnes avec l’idée que le vrai profit n’est pas le résultat financier de l’entreprise à court terme. Le profit à long terme n’est possible que dans le cadre d’une bonne collaboration avec ses partenaires, fournisseurs, clients et les employés. Je crois que cette façon de travailler apporte beaucoup plus de satisfactions que de gagner beaucoup d’argent rapidement.

Quelle importance a le zen aujourd’hui dans ta vie ?

Depuis que j’ai intégré zazen de cette façon au quotidien, c’est beaucoup plus facile tout au cours de la journée de percevoir les pensées, les soucis inutiles, les peurs et les tracas puis de les laisser passer. Zazen et le zen ont de cette façon changé ma vie et sont une expérience que je retransmets aussi à d’autres personnes. J’ai par exemple proposé à mes collaborateurs de prendre part à un séminaire de pleine conscience de huit semaines dont l’entreprise prend en partie la charge financière.

Une femme de 77 ans

Depuis combien de temps fais-tu zazen ?

Je pratique zazen depuis plus de quatre ans.

Comment en es-tu venu au zazen ?

Depuis de nombreuses années je m’intéresse au bouddhisme. Lorsque j’entendais quelque chose sur le bouddhisme, j’avais toujours l’impression qu’il s’agissait de quelque chose de positif. J’ai commencé à acheter des livres. Le premier livre que mon mari m’a offert autrefois était «  Siddhartha  » de Hermann Hesse. Il m’a beaucoup touché, c’était tellement différent.

Seulement voilà, j’étais pendant de nombreuses années très absorbée par le quotidien, par la famille et le travail, et il ne restait plus de temps pour moi-même, pour lire ou écouter de la musique. Plus tard alors que je ne devais plus travailler, j’ai eu des problèmes de santé. Je n’allais vraiment pas bien et j’avais le sentiment que quelque chose devait changer. J’ai commencé à me repencher sur le Bouddhisme. Mon mari et mes amis m’ont encouragée. Quelqu’un m’a montré comment méditer et ensuite ça ne m’a plus quitté. J’avais toujours l’impression que c’était ce qui m’avait manqué dans ma vie. Après quelque temps j’avais le sentiment que ce serait préférable de méditer dans un groupe plutôt que seule. Je me suis mise en recherche, j’ai parlé avec différentes personnes et j’ai fait des essais ici et là mais j’étais encore indécise. Puis j’ai découvert un dojo zen et j’ai réfléchi à l’idée de faire une initiation. On m’avait mise en garde en vue sur ma condition physique, la méditation zen pourrait être trop astreignante. Au bout du compte j’y suis allée et je suis restée.

Tu fais zazen assise sur un tabouret. As-tu commencé comme ça ?

Oui, ça ne fonctionne pas autrement. J’essaie parfois de m’asseoir sur des coussins, mais ça dépend de ma condition physique.

Quelle place a zazen aujourd’hui dans ta vie ?

Plus j’ai à faire avec zazen, plus ça m’attire. Je ne sais pas combien de temps j’ai encore à vivre, mais je ne crois pas que je puisse rencontrer quelque chose que je trouverais meilleur. Il y a probablement des tas de choses qui me plairaient mais je n’ai besoin de rien d’autre. Zazen m’exauce tout simplement. Ça me laisse la possibilité de travailler sur moi-même et de me développer en fonction de mes expériences et connaissances. Toutefois je regrette d’avoir commencer si tard.

Ça me remplit de joie de me consacrer aux enseignements, aux textes zen, et de les approfondir. Seule ou avec les autres. La sangha et la communion avec les autres pratiquants procurent le sentiment «  d’être chez soi  ». Zazen est déterminant dans ma vie. J’ai l’impression de voir les choses plus clairement et de les vivre plus intensément. Par exemple je respectais comme les autres gens normaux les règles de base de rapport entre les personnes dans la société. Mais ç’est devenu pour moi plus clair pourquoi ? Je perçois les conséquences plus consciemment, quand j’agis négligemment. De plus depuis que j’ai reçu l’ordination de bodhisattva je suis beaucoup plus motivée pour diriger mes actions pour le bien-être des autres.

Un homme de 64 ans

Comment es-tu venu au zazen ?

Il y a vingt cinq ans, j’étais préoccupé par la grande question du sens. A l’époque je travaillais dans un hospice et j’avais chaque jour à faire avec des jeunes personnes mourantes, ce qui me conduisait à la question du sens de la vie et de la mort. Chacun meurt d’une façon différente, je pensais souvent à ce qui serait important pour moi au moment où ce sera mon tour. Un événement au travail m’a beaucoup marqué. Un jeune patient est mort d’une façon que je n’avais encore jamais observée et que je ne devais plus rencontrer à l’avenir. Malgré de grandes douleurs, il était toujours présent, ici et maintenant. Il semblait connaître le moment de sa mort ou il pouvait le décider lui même… je ne sais pas. Il avait indiqué lors de son entrée qu’il était bouddhiste. Nous n’avions pas pu beaucoup échanger sur ce sujet, car la communication était, dans son état, difficile. Mais j’avais bien compris que le Bouddhisme avait pour lui une grande signification. Je connaissais bien sûr un peu le Bouddhisme et j’avais lu quelques livres à ce sujet. Mais après cette rencontre je voulais approfondir le sujet et profiter de cette énergie.

Je me suis mis à la recherche d’un groupe et j’ai commencé avec le Vipassana. Au début j’étais étonné et me demandais : «  C’est tout ? Simplement s’asseoir ?  ». A l’époque je travaillais beaucoup et participais seulement de temps à autre à des retraites. Puis j’ai commencé à me réserver du temps pour méditer à la maison. Dès le début il m’était important de ne pas faire de séparation entre le temps de la méditation et le temps de mes autres activités.

A un moment donné le groupe s’est dissout donc j’ai continué à pratiquer seul à la maison. Puis j’ai remarqué que je souhaitais partager la pratique avec d’autres personnes et je me suis mis à la recherche d’un nouveau groupe. Un point était à ce moment clair pour moi : le zen ne serait pas ma voie.

Pourquoi ?

Je connais un maître zen, dans la ville ou je vis, qui fait un «  commerce  » très lucratif avec le zen. Zen pour Manager, etc. … Et ce n’est pas ce que je cherchais. J’avais une liste avec différents groupes bouddhistes, dont le dernier était un dojo zen. J’y suis allé. J’étais circonspect. J’ai reçu une introduction puis j’ai pris part au zazen qui suivait et je me suis senti bien. J’y suis encore, même si ce n’est pas toujours facile.

Quel rôle a le zen aujourd’hui dans ta vie ?

Zen est présent constamment. Bon, je ne me dis pas continuellement : «  Je suis un pratiquant du zen  » mais c’est un composant fixe de ma vie. Le zen est dans mes agissements, dans mon travail, même si ce n’est pas ostensible pour les autres. Par exemple avant que je ne reçoive un patient, je pratique souvent dix minutes zazen au lieu de consulter son dossier. J’ai constaté, que j’avais malgré ça le contenu de la dernière séance présent en mémoire. Il en est de même dans ma vie privée. Mon partenaire ne pratique pas zazen, mais il est bienveillant à l’égard du zen. Même s’il y a parfois des frictions, c’est clair pour lui que zen est le centre de ma vie.

Est-ce que la question du sens de la vie et de la mort est encore actuelle pour toi ?

Je ne sais pas s’il est possible de répondre à la question, mais pour moi ce n’est plus une question. On vit et on meurt. Il y des moments qui sont difficiles et on peut les influencer, un petit peu. Au début j’étais un peu calculateur. Je pensais que si je pratiquais zazen, la mort sera plus facile. Aujourd’hui je n’en suis même plus sûr. Mais en réalité, ça m’est égal. Je vis maintenant, la vie est la pratique.

Un homme de 21 ans

Qu’est-ce qui t’a amené au zen ?

Mon père m’a emmené une fois avec lui au dojo et je voulais jeter un coup d’œil par intérêt. Depuis que je suis enfant, je savais qu’il y avait quelque chose comme le zen, mais je n’avais aucune relation avec. Quand mon père m’a emmené au dojo pour faire zazen, il m’avait dit, que si j’en avais assez, je pourrais quitter le dojo, mais silencieusement. Donc quand j’ai quitté le dojo j’ai eu envie depuis dehors de frapper à la fenêtre mais les autres n’ont pas trouvé ça très amusant. Lorsque j’avais 19 ans mon père m’a emmené à une sesshin. C’était difficile au début de rester assis 40 minutes et de se libérer la tête.

Qu’est-ce qui t’a incité à aller à une sesshin ?

Je trouvais ça intéressant parce que le zen, va au delà du normal. Ce n’est pas comme dans la vie quotidienne où il s’agit de gagner de l’argent ou de prendre son plaisir. C’est une autre dimension d’être avec une satisfaction en profondeur. La thématique était intéressante, même si je ne savais pas comment ça se ressent. Je ne le trouvais pas toujours agréable, mais j’ai continué, sans pouvoir en donner une raison, c’était un sentiment, une intuition qui disait : continues !

Eh bien ensuite on est assis … et on est assis … et quand on a effectivement réussi à se libérer la tête, c’est comme un autre état d’être, sans compromis, sans souci, un sentiment neutre et positif qui donne un calme intérieur, une paix intérieure en relation avec tout. On considère les soucis et les problèmes d’une manière plus objective, et comme on ne les considère plus d’une façon émotionnelle, la recherche d’une solution est plus simple. On ne se prend plus ni soi-même, ni la vie trop au sérieux. Ça fait peut-être peur à entendre, mais en fait c’est un bon sentiment. Je crois, il faut faire soi-même l’expérience du zazen pour juger si c’est vraiment quelque chose pour soi.

Eprouves-tu cet état que tu as décrit, chaque fois que tu fais zazen ?

Je l’ai à nouveau éprouvé lors du dernier zazen, mais avant pas vraiment parce que j’avais beaucoup de stress les semaines auparavant, mais ce n’est pas grave, ce n’est pas démotivant, parce que zazen est toujours différent.

Avais-tu lu quelque chose sur le zen ou le Bouddhisme avant que tu n’ais commencé la méditation ?

Non, mon père m’avait simplement proposé de l’accompagner. Mais s’il ne l’avait pas fait, je ne serais pas ici aujourd’hui. De moi-même je ne serais jamais parti essayer quelque chose comme ça, parce que c’est tellement éloigné de la pensée ordinaire.

Tu pratiques zazen lors de sesshins le weekend. Fais-tu aussi zazen à la maison ou au dojo ?

Au quotidien je n’arrive pas du tout à pratiquer zazen. A l’exception de mon père, mes amis et collègues n’ont rien à voir avec le zen. Pour eux c’est une sorte de dimension éloignée, ce que je trouve dommage. Mais je me suis renseigné dans la ville où il y a des groupes. Je vais essayer d’aller m’asseoir au moins une fois par semaine. Je réussirai peut-être comme ça à mieux intégrer zazen dans la vie quotidienne et pas seulement de pratiquer comme sur une île quelquefois par mois.

Comment gères-tu les douleurs pendant le zazen ?

Je ne trouve pas les douleurs corporelles trop graves. Pour moi c’est plus difficile de me libérer la tête et de rester assis sans que je ne devienne agité à cause des pensées. Quand à la suite de cette tension de l’esprit une douleur physique surgit, cela peut parfois devenir une goutte d’eau qui fait déborder le vase. Mais en fait c’est pour moi plus difficile de calmer mes pensées et de garder une certaine distance par rapport à elles. Je supporte bien les douleurs. Lorsque je me détends, alors elles disparaissent. Et plus je fais d’exercices d’étirements, plus elles apparaissent rarement.

Pour moi zazen est un défi, je dois lui faire confiance même si mon état d’esprit ou mon état physique ne sont pas optimales. Parfois je me dit pendant ce temps, «  Allez ! Je vais pouvoir rester jusqu’au bout  ». Ensuite j’essaye de me détendre et de tout considérer tranquillement. Avec le temps, j’ai aussi appris à me débrouiller avec les douleurs corporelles, à les accepter sans toujours en faire un drame. Je m’assois aussi dans le gaetan car c’est plus relax lorsque je dois bouger de temps à autre. Ainsi les autres personnes dans le dojo ne sont pas dérangées.

Que dirais-tu à un ami qui te questionnerait sur zazen ?

Je lui dirais, s’il est intéressé, qu’il essaye tout simplement de faire zazen, sans préjugés. Il y des personnes qui pensent que le zen, est une sorte de secte, que c’est rigide et traditionnel. Mais ce n’est justement pas ça. Au début j’étais sceptique ou plutôt enferré dans mon préjugé, mais en fait zazen était plus détendu et pas aussi dur que je ne le croyais auparavant. La plupart des gens sont plutôt distancés par rapport à la pratique du zen et ont des préjugés, parce qu’ils ont entendu quelque chose, quelque part sur le zen. Ce serait dommage que ça les empêche de faire une expérience par eux-mêmes. On a rien à y perdre.

Une femme de 49 ans

Depuis quand pratiques-tu zazen, et comment es tu venu au zazen ?

Je pratique depuis plus de vingt ans. A cette époque je ne savais pas grand chose du zen ou du Bouddhisme et ne sentais pas un besoin de méditer. J’avais un ami qui pratiquait les arts martiaux. Alors qu’un jour on avait en plus proposé du zazen dans son dojo, il y a participé. Plus tard je lui demandai «  que faites-vous pendant zazen ?  » Il répondit «  s’asseoir sur un coussin, regarder le mur, se taire et ne pas bouger  ». Pour mes oreilles cette réponse était complètement absurde, pourquoi devrait-on, de soi même, rester assis immobile sur un coussin devant le mur deux fois quarante minutes ? Ça n’allait pas du tout dans ma manière de voir les choses autrefois. Mais mon ami continuait, sans qu’il ne puisse m’expliquer pourquoi, ça m’a rendu curieuse. Je suis allé à une introduction au dojo et je pensais «  Ah c’est donc ça zazen  ». Mais je trouvais les histoires du zen, les koans, ces paradoxes inexplicables avec le raisonnement, beaucoup plus captivants. En outre c’était chic à l’époque d’être zen. Pour cette raison j’ai continué d’aller de temps en temps au dojo. Plus tard ma vie est devenue agitée. A la suite d’un concours de circonstances j’étais stressée et insatisfaite. Tout d’un coup j’ai remarqué, qu’au moins pendant le zazen je retrouvais le calme. Lorsque j’étais assise sur mon coussin toute l’agitation de la journée s’apaisait et que je pouvais à nouveau reprendre mon souffle et me détendre. A la suite de cette expérience le zazen m’a accroché et j’ai commencé à le pratiquer régulièrement.

En quoi est-ce que le zazen a transformé ta vie ?

Zazen est devenu d’une certaine façon les fondations de ma vie. Je me sens moins séparée du reste. Ma façon de voir le monde, de me voir, a changé. Par exemple, un jour j’ai découvert que je souffrais beaucoup que les choses de ma vie changeaient. J’avais du mal à accepter les changements et j’essayais de maintenir de la stabilité, de sécuriser mes biens. Comme si, on voulait construire un barrage dans un fleuve dans lequel on ne peut pas stopper le courant. Alors à la place de toujours lutter contre quelque chose, j’ai essayé d’apprendre à nager avec le courant. A la place de me lamenter lorsque quelqu’un me détruisait mes châteaux de sable, ou lorsque je me sentais traitée injustement, je continuais d’avancer tout simplement. Les châteaux de sable peuvent être démolis, aussi bien qu’une relation peut se solder par un échec, que l’entreprise dans laquelle on travaille peut faire faillite, que l’on puisse devenir malade. Il n’y a rien de plus normal que les changements, pourtant on résiste contre eux. Je vois souvent des gens dans mon entourage qui souffrent, parce qu’ils ne peuvent pas accepter les changements. J’essaye alors «  de leur apprendre à nager  », c’est à dire de les aider à accepter les changements et de trouver le courage d’aménager leur vie avec les nouvelles circonstances. Je crois que ma vie est devenue plus paisible grâce au zazen. Parce que je ne me prends plus autant au sérieux je me sens moins souvent agressée. Pour cette raison je ne dois plus me défendre ou me justifier si souvent. On peut peut-être nommer ça équanimité. En tout cas ça fait du bien à moi-même ainsi qu’aux personnes autour de moi. Au fond je souhaite à tout le monde de trouver l’occasion de pratiquer zazen et de pouvoir faire cette expérience de la paix intérieure.

Tu as commencé le zazen parce que tu étais curieuse. Est-ce que ta curiosité est satisfaite ?

Non, absolument pas ! Pratiquer zazen, c’est comme voyager. On se met en route, mais la route continue toujours et toujours. C’est comme si j’étais en permanence en route. J’ai découvert pas mal de choses sur moi-même, sur le monde, sur l’interdépendance de tout, mais je crois qu’avec la pratique du zazen, on ne s’arrête jamais de découvrir.

 

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