Sesshin cévenole 2007

Kusen et mondo de la sesshin de Fonsanges, Cévennes.
21 - 23 septembre 2007

Vendredi 21 septembre 2007
Zazen de 7h00

Ramenez constamment votre attention à la posture du corps. En basculant bien le bassin en avant, on prend fermement appui avec les genoux sur le sol. Le ventre est détendu et on laisse le poids du corps presser sur le zafu. Comme si on voulait que l’anus ne touche pas le zafu, ce qui permet de trouver un bon enracinement dans la posture. La posture doit être bien stable. A partir de la taille, on étire la colonne vertébrale en relâchant bien les tensions du dos, on étire la nuque comme si on voulait pousser le ciel avec le sommet de la tête, le menton est rentré, les épaules relâchées. Le regard est posé environ à un mètre devant soi sur le sol. On ne regarde rien de spécial, on ne s’attache pas à l’objet de la vue. Ainsi on n’a pas besoin de fermer les yeux pour rester concentré.
Si on ne s’attache pas aux objets de la perception, alors ces objets ne nous dérangent pas. On n’a pas besoin de vouloir les éliminer. Il est en est de même pour les pensées en zazen.  En zazen, on ne suit pas ses pensées, on les laisse passer. Dans ce cas-là, elles ne dérangent pas la concentration. C’est comme des nuages qui passent dans le ciel, mais le ciel est plus vaste, englobe toute chose sans être dérangé par le passage des nuages.
C’est la même chose pour l’esprit en zazen. Si l’esprit s’attache à une pensée, commence à la suivre et à l’enchaîner à une autre pensée, là naît la racine de l’attachement, dans l’enchaînement des pensées. Si on les laisse apparaître et disparaître spontanément, sans s’en emparer ni vouloir les rejeter, alors l’esprit reste complètement libre même au milieu des phénomènes tels que les pensées, les sensations, les perceptions ou encore les émotions, si on en est pleinement conscient, on ne s’identifie pas avec ces phénomènes. Car on voit clairement qu’ils sont impermanents et sans substance, donc rien qu’on puisse vraiment saisir, rien à quoi on puisse véritablement s’attacher ou s’identifier. Ainsi on réalise un esprit qui ne demeure sur rien, complètement libre, fluide comme le courant d’une rivière.
Dans la vie quotidienne, en dehors de zazen lui-même on continue à se concentrer sur les gestes, la posture du corps, la respiration ainsi on est toujours parfaitement présent à ce qu’on fait et on se ne laisse pas obnubiler par nos fabrications mentales. Lorsqu’on pratique ainsi pendant une sesshin, on peut retrouver le véritable silence intérieur, arrêter les discussions avec soi-même, arrêter de se poser toujours les questions du pour ou du contre, de « j’aime, je n’aime pas »; arrêter de vouloir toujours prendre parti: « c’est bien, ce n’est pas bien ».
“Sesshin” veut dire redevenir intime avec l’esprit qui ne crée pas de dualité, complètement au-delà du mental ordinaire. Un esprit qui enveloppe toute chose d’un seul regard sans se polariser sur rien de particulier. On l’appelle aussi “esprit éveillé” ou “esprit de bouddha”, c’est-à-dire un esprit qui fonctionne en harmonie avec la réalité. Rien de permanent sur quoi s’appuyer, rien de substantielle à quoi s’identifier. Si on le regrette, si on le refuse, on se met à fabriquer toutes sortes d’illusions. Si on l’accepte avec le corps et l’esprit en unité, alors c’est la véritable liberté. Devenir en harmonie avec la Voie, avec la vie de la sesshin.



Vendredi 21 septembre 2007
Zazen de 11h00


Autrefois en Chine, le jeune Basso pratiquait zazen avec le Maître Nangaku qui était un des successeurs du 6e Patriarche Eno. Nangaku lui demanda : “Dans quel but es-tu assis en zazen?”
A l’heure actuelle, beaucoup de gens ont envie de devenir zen. Ils ont l’impression que leur vie irait mieux, qu’ils se sentiraient mieux dans la vie s’ils pouvaient réaliser le zen.
 Alors on vient dans un dojo et l’on commence à pratiquer, mais le sens de la pratique n’est pas toujours très clair.
 Ou parfois en sesshin quand on pense qu’on a mal aux jambes, qu’on rencontre des difficultés on se demande parfois qu’est-ce qu’on est en train de faire là, “pourquoi je suis assis en zazen?”. La question mérite d’être posée périodiquement, aussi parce que l’ego peut récupérer la pratique en lui assignant toutes sortes de buts illusoires, certains pratiquent le zen pour êtres plus concentrés dans les arts martiaux, plus performants, ou bien pour la santé ou pour réduire leurs stress dans la vie quotidienne, ou bien comme une technique de bien-être.
Mais Basso lui répondit : “C’est pour devenir Bouddha”. C’est-à-dire devenir semblable au Bouddha Shakyamuni, devenir éveillé.
C’est le véritable sens de la pratique, pratiquer avec bodaishin, avec l’esprit d’éveil, le même esprit que bouddha, c’est-à-dire un désir ardent de s’éveiller à la véritable nature de notre existence et ainsi de résoudre la cause fondamentale de la souffrance pour soi-même et pour les autres.
On ne devrait jamais oublier cette motivation élevée qui est à l’origine même de notre pratique et qui la situe immédiatement au-delà de tous nos petits désirs égoïstes, qui la situe dans sa véritable dimension spirituelle, c’est-à-dire au delà de tous les objets limités que nous poursuivons à travers désirs.
 Du reste, après le zazen nous chantons les quatre voeux du bodhisattva le matin et le soir, le quatrième voeu est “aussi élevé qui soit la Voie du Bouddha, je fais le voeu de la réaliser”. Cela veut dire que cela devient la chose la plus essentielle de notre vie, qui éclipse d’autres objectifs. C’est vouloir réaliser ce qui nous ôte le regret de devoir mourir. C’est-à-dire que si on a réalisé cela, on peut mourir en paix, pas de regret.
Et à ce moment-là, dans le dialogue entre Basso et Nangaku, Nangaku prit une tuile et se mit à la polir en silence. Alors Basso demanda :
— Que voulez-vous faire en polissant ce morceau de tuile?
— Je la polis pour en faire un miroir.
Autrefois, tous les miroirs étaient obtenus en polissant une surface de cuivre voir d’argent. Il fallait patiemment polir une surface de métal pour la rendre parfaitement lisse capable de refléter les images.
Basso demanda alors: “Comment peut-on obtenir un miroir en polissant un morceau de tuile?” Nangaku répondit : “Si on ne peut pas obtenir un miroir en polissant une tuile, alors comment peut-on devenir bouddha, en faisant zazen?”
Si une tuile n’a pas déjà la nature de miroir, comment peut-elle devenir miroir en la polissant? De même si un être humain n’a pas déjà la nature de bouddha, comment pourrait-il devenir bouddha en pratiquant? Le fait de poser la question ainsi, c’est supposer que bouddha soit quelque chose de particulier, avec une substance propre, tout comme l’ego humain serait quelque chose d’autre avec sa propre substance. Et si elles sont radicalement indifférentes, on ne voit pas comment l’une pourrait devenir l’autre même en pratiquant le polissage.
Certains en avaient déduit que pratiquer zazen n’était pas du tout efficace pour devenir bouddha, pour s’éveiller. Que c’était inutile de s’acharner à pratiquer zazen. Mais en réalité, la tuile et le miroir, soi-même ici et maintenant assis en zazen et le bouddha sont sans substance fixe. Ils ne sont pas quelque chose de défini, existant par soi-même.
Donc il ne s’agit pas de transformer une chose avec sa nature propre en autre chose : un ego humain en un bouddha.
Mais se concentrer totalement sur la pratique sans créer de catégories, de notions telles que bouddha ou être humain, éveil ou illusion. Nous nous concentrons sur la pratique en oubliant toute arrière-pensée, toute pensée. Et ainsi toute séparation disparaît.
 Cette pratique sans séparation est en elle-même la pratique de l’éveil.
La pratique, elle nous harmonise naturellement avec la nature sans substance de notre existence que nous partageons avec bouddha et tous les êtres sensibles.
Alors dans la suite du mondo, Basso avait demandé : “Mais que dois-je faire ?”
Nangaku lui avait dit : “Il en est comme d’un buffle attelé à une charrette : si la charrette n’avance pas, doit-on fouetter le buffle ou la charrette?” Basso resta sans réponse.
Cette non-réponse est merveilleuse, parce qu’il n’y a pas à choisir entre le buffle et la charrette. Le buffle et la charrette avancent ensemble, de même que nous pratiquons zazen avec le corps et l’esprit en totale unité. Qu’est-ce qu’est avancer ? Qu’est-ce que reculer ? Y a t il un lieu vers quoi s’avancer ? En zazen, on reste parfaitement immobiles. Au-delà d’avancer et reculer. Au-delà de vouloir devenir Bouddha.
Ainsi notre pratique nous fait vivre ici et maintenant au-delà de toute notion tel qu’avancer ou ne pas avancer, de mouvement ou d’immobilité, de Bouddha ou d’être sensible. La question est posée non pas pour avoir une réponse, mais pour balayer tous les doutes, aller au-delà de toute réponse dans la pratique.



Vendredi 21 septembre 2007
Zazen de 16h30


Polir la tuile pour en faire un miroir nécessite une attention constante, une pratique constante. Pas seulement sur les formes de la posture de zazen, mais dans tous les gestes, dans toutes les actions de la vie quotidienne. C’est cette concentration, cette pratique constante, sans discriminer entre la position assise, debout ou allongée, sans faire de différence entre l’intérieur et l’extérieur du dojo, qui est le véritable miroir. La pratique elle-même avec le corps et l’esprit complètement engagés dans chaque pratique est en elle-même le miroir ici et maintenant.
C’est une pratique dans laquelle on s’oublie complètement soi-même en étant complètement absorbé par le zazen, le chant des sutras, la pratique du samu, les repas.
Comme le disait Maître Dogen dans le Bendo ho, c’est vivre en harmonie avec la sangha, dans toutes les actions de la vie quotidienne. Ainsi être en harmonie avec le véritable esprit, le shin de sesshin. En sesshin, on se lève ensemble, on fait sa toilette, on chante les sutras, on prend les repas, on fait samu, on se repose. A travers cette façon de pratiquer, le corps et l’esprit sont complètement abandonnés à la voie. C’est la pratique qui nous dirige, qui devient le miroir de la vérité de nos vies. Tant que l’on pratique ainsi, avec une grande attention, une grande vigilance, tout devient miroir. Tout nous renvoie la vérité la plus profonde de notre vie, nous la rend évidente.
Même si tous nos attachements n’ont pas disparu, on ne se laisse plus gouverner, diriger par eux. Car on s’est mis à vivre en harmonie avec le dharma, l’enseignement du Bouddha. Ce dharma, cet enseignement du Bouddha, devient naturellement plus fort que notre petit ego. Inconsciemment et naturellement on se met à la suivre. Il nous libère de nous-mêmes. Et la pratique doit également nous libérer du dharma et du Bouddha lui-même.
Il faut faire attention à la façon dont on peut recréer rapidement de nouvelles formes d’attachement dans la pratique spirituelle.
C’est ainsi que Maître Nangaku demanda à Basso, qui était resté silencieux après la question sur le boeuf et la charrette : « Désires-tu apprendre à être assis en dhyana, en zazen, ou désires-tu apprendre à être assis en Bouddha. Si tu veux apprendre à être assis en zazen, sache que zazen ne relève ni de la position assise, ni de la position couchée. »
Autrement dit, zazen n’a pas de forme fixe, n’est pas limité à la posture assise. Le véritable zazen englobe toutes les postures. Parfois certaines personnes sont un peu handicapées, ont un problème physique et se désespèrent en pensant qu’elles ne peuvent plus pratiquer la posture assise, et donc plus faire zazen. On peut faire zazen dans toutes les postures, même allongé, debout, en marchant, assis sur une chaise. Il s’agit simplement d’être totalement un, corps et esprit avec la posture de l’instant, quelle qu’elle soit. Bien sûr en zazen on s’efforce de se concentrer sur la posture la plus juste possible. Mais c’est la concentration qui est importante. Même si la posture n’est pas parfaite. Tout comme le fait de polir la tuile qui devient le miroir. Peu importe la tuile. On peut faire un miroir avec absolument n’importe quoi. Si l’on pratique chaque chose avec une très grande attention, en s’oubliant soi-même dans ce que l’on réalise. Nangaku avait ajouté :
 « Si tu veux apprendre à être assis en Bouddha, sache que le Bouddha n’a pas de caractéristique déterminée. Dans le dharma de l’absence de résidence, il n’est fait écho ni à l’obtention, ni au détachement. Car si tu es assis en Bouddha, cela est tuer Bouddha. Et si tu t’attaches à la notion de position assise, tu n’atteindras jamais la vérité absolue ».
C’est en entendant cet enseignement de Maître Nangaku que Basso s’éveilla complètement. Bouddha n’est pas quelque chose, n’a pas de caractéristique déterminée. On a parfois décrit Bouddha avec 32 signes, 32 marques corporelles qui le caractériseraient. Mais le véritable Bouddha est au delà de toute marque, de tout signe. La pratique de zazen ne doit pas devenir une imitation, on ne doit pas se laisser abuser par nos propres représentations.
On ne doit pas essayer de s’y conformer, mais au co
Il faut pratiquer au delà de Bouddha, et c’est ainsi que le véritable Bouddha se réalise.
 Nangaku parle du dharma de l’absence de résidence. Lorsque l’on pratique ce dharma, cet enseignement, on réalise un esprit qui ne réside nulle part, qui ne demeure sur rien, et qui ainsi s’harmonise avec la réalité qui est fluide, sans rien de permanent où se reposer. Dans cette pratique, il n’est pas question d’obtention, obtenir serait plutôt une perte. Mais on ne doit pas non plus s’illusionner sur le détachement, en faire le nec plus ultra. Ca deviendrait une nouvelle notion qui pourrait troubler notre esprit, paradoxalement créer une nouvelle forme d’attachement. Qu’y a t’il au fond à quoi l’on puisse s’attacher, et de quoi devrait-on se détacher finalement. De quoi, à quoi, sont insaisissables. Si l’on réalise cela on peut continuer la pratique tranquillement, en paix.


Vendredi 21 septembre 2007
Zazen de 16h30 – Mondo


Question : A la Gendronnière cet été, j’entendais des moines et nonnes parler et l’un d’entre eux disait que ce n’était pas la peine car de toutes façons ils allaient à l’abattoir et c’était normal. Donc ce début de conversation m’a choquée et quelqu’un a renchéri en disant que si les canards naissent c’est pour qu’on les mange. « On fait partie d’une chaîne, chacun est prédateur d’un autre, l’homme est en haut, il est le plus intelligent, c’est normal qu’il mange les autres. » Je caricature peut-être un peu. Comme si c’était ça la vie, que c’était normal, et cela m’a choquée parce que je crois qu’on enfreint là les préceptes et que non seulement on devrait les sauver, ne pas leur faire de mal, et du coup ça m’a amené à penser aussi que dans les monastères comme la Gendronnière, on ne devrait pas manger de viande ni de poisson, on devrait donner l’exemple. Il me semble que c’est un problème d’éthique, et l’éthique est dans l’actualité en ce moment. Est-ce que c’est de la sensiblerie ? Cela me semble très grave.

YR : Il ne faut pas non plus dramatiser, ce n’est pas très grave mais c’est grave. D’après moi, en tout cas, chacun a son échelle de valeurs. Je pense en effet que dans un temple, on ne devrait pas manger de viande. D’ailleurs pendant des années j’ai combattu pour qu’on devienne végétariens à la Gendronnière. On l’est presque totalement, simplement les soirs de fête, pour les gens qui ne sont pas végétariens, pour qu’ils puissent faire la fête « normalement », puisque c’est fête, on transgresse la règle de ne pas manger de viande. On fait en général du poulet ou du poisson, c’est de la viande de toute façon, pour les soirs de fête. D’abord je suis très content qu’on ait réussi à éliminer la viande en général, on n’en mange pas du tout durant une session, sauf le soir de la fête, et encore pour ceux qui veulent. Donc je crois que c’est bien de donner un exemple car beaucoup de gens mangent de la viande toute leur vie en s’imaginant que sans manger de viande ils vont dépérir. Il y a aussi une croyance comme ça que la viande est indispensable à l’équilibre alimentaire, que si on ne mange pas de viande on va dépérir. Ce n’est absolument pas vrai, les gens qui ne mangent pas de viande se portent très bien, à condition de faire attention à son équilibre. Mais surtout c’est effectivement un problème d’éthique, c’est-à-dire que si on fait le premier vœu, le premier précepte, on fait voeu de le suivre, c’est sur qu’on ne devrait pas contribuer au massacre des animaux en achetant de la viande, sous quelque forme que ce soit, viande ou poisson. Mais maintenant, c’est vrai que si on devient trop rigide parfois, c’est pas très bien, c’est ce que je remarque. Parce que l’on peut s’attacher aussi à ce précepte là et ne pas se rendre compte qu’il y a aussi toutes sortes d’autres manières de tuer. On peut tuer avec des paroles, des gestes, avec des actes, sans réellement prendre la vie des gens mais il y a d’autres formes. Parfois, être trop rigide dans certains principes, ça peut entraîner un dogmatisme dans la manière d’être avec les autres et finalement sans s’en rendre compte on peut faire souffrir les autres d’une autre manière, en les culpabilisant, par exemple, ce genre de choses.

Q : C’est à dire que d’habitude je ne dis rien aux gens dans la vie courante, mais de la part d’un moine, de nonnes, anciens en plus…

YR : En plus ce genre de propos va à l’encontre du Dharma de Bouddha. Dire que l’homme est au sommet de la hiérarchie des êtres vivants et que ça lui donne le droit de se rendre le maître et possesseur de la nature, et donc des animaux, et les utiliser suivant ses désirs, cela n’a rien à voir avec l’enseignement du Bouddha, c’est complètement faux. Eventuellement on peut trouver des arguments comme ça dans la Bible, mais pas dans l’enseignement du Bouddha, absolument pas. Au contraire, tout l’enseignement du Bouddha vise à nous libérer de notre « homo centrisme » , égocentrisme tout d’abord, mais aussi « homo centrisme ». C’est à dire que dans l’enseignement du Bouddha, et Dogen l’a beaucoup illustré, magnifiquement, l’homme est un être de la nature, fait partie de la nature, au même titre que les montagnes, les rivières, le soleil, étoiles, les arbres, les poissons. Et justement, réaliser notre véritable nature, notre nature de Bouddha, c’est réaliser ce que nous avons en commun avec toutes ces existences là. Et se croire spécial, au dessus des autres, c’est justement ne pas être éveillé, c’est exactement le propre même de l’attachement humain, de l’illusion humaine qui a conduit à tant de souffrance. Parce que quand on fonctionne comme ça, on se donne le droit de polluer la planète, et de l’exploiter, de détruire la nature pour son profit, mais aussi on se donne le droit dans le même mouvement d’exploiter les autres aussi pour son propre ego. Cela entraîne une attitude d’avidité, qui justifie la violence, qui justifie finalement  toutes les souffrances. Donc l’enseignement du Bouddha, c’est exactement l’opposé de ça. C’est au contraire de voir en quoi nous ne sommes radicalement pas différents. Que tous les êtres pas seulement sensibles, qu’on appelle habituellement sensibles, c’est à dire les animaux, les plantes, mais aussi les êtres soi-disant inanimés c’est à dire les montagnes, les rivières, etc. On peut dire que l’enseignement du Bouddha est une forme d’écologie totale. C’est de remettre l’homme dans sa totale unité avec tout l’univers, et donc dans une attitude de respect complète. Alors évidemment cette attitude de respect complète a une limite, c’est à dire qu’on doit prélever sur la matière vivante pour vivre. On ne peut pas manger des cailloux, ça ne fonctionne pas. Et puis même, de toute façon, sans discriminer à ce point, si on pouvait se nourrir de produits synthétiques, par exemple, ne pas toucher d’êtres vivants, ça serait de nouveau excessif, ça serait une discrimination trop grande, à mon avis. Il faut admettre, c’est vrai qu’on doit prélever sur le vivant. Alors le problème, c’est de ne pas créer de souffrance pour satisfaire notre besoin.
Il est clair que quand on tue un porc, un boeuf ou quand on pêche un poisson, on crée beaucoup de souffrance. Vous me direz quand on coupe du blé ou quand on coupe une tomate, peut être aussi d’une certaine manière. C’est moins évident. Et puis de toute façon on ne peut pas faire autrement. En plus, je crois que le geste même de tuer pour se nourrir est poison pour soi-même, et en plus ça crée chez l’animal qui est tué une très mauvaise vibration qu’on absorbe en le mangeant. Donc il n’y a que des inconvénients à vouloir tuer des animaux pour se nourrir. Sauf si par malheur on est victime de carences alimentaires particulières et qu’un médecin compétent dit : « Vous devez manger de la viande », c’est admis. Par exemple dans les monastères zen on peut manger de la viande à l’infirmerie. Si on est malade, c’est comme une prescription médicale, on peut éventuellement vous autoriser à manger de la viande. Par exemple, le médecin du Dalai Lama lui a dit à un moment donné: « Pour votre santé vous devriez manger un peu de viande ». Alors il s’est mis à manger de la viande, mais pas par avidité, simplement comme un médicament.
A propos de repas végétariens, à la Gendronnière, surtout dans une session prolongée, 10 jours, c’est bien que des gens qui ne sont absolument pas végétariens fassent l’expérience qu’on peut très bien vivre 10 jours sans dépérir en ne mangeant pas de viande. Après, chacun fait ce qu’il veut, on ne met pas d’obligation. Bien qu’il y ait le précepte de ne pas tuer dans le zen, le régime végétarien n’est absolument pas obligatoire. Je pense simplement que c’est une bonne expérience de le faire vivre aux gens qui viennent faire une sesshin. Après, l’ayant expérimenté, ils peuvent juger par eux-mêmes s’ils ont envie de continuer comme ça ou s’ils veulent faire autrement.

Question: Depuis 8 ans, je fait régulièrement des accidents vasculaires cérébraux, j’ai une amie qui a eu un cas similaire avec une rupture d’anévrisme, qui est partie dans le coma et qui comme moi finalement est revenue. Je ne suis pas partie dans le coma mais j’ai eu plusieurs accidents vasculaires cérébraux. C’est douloureux, effrayant, mais finalement ce que je constate actuellement et qui est tout aussi effrayant, c’est que je suis en vie. Et tous les jours, chaque fois, j’ai remercié, chaque fois j’ai levé la tête, j’ai remercié, je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi. Mais actuellement la question qui me vient de plus en plus, et une de mes amies qui est revenue a cette même question, lancinante:
« Qu’est-ce qu’on attend de moi ? ». Et le « on », je ne peux pas, je n’ai pas de réponse. J’imagine quelque chose de bienveillant, mais de plus en plus cette question me vient en tête: « Qu’est-ce qu’on attend de moi ? »

YR: Du point de vue de l’enseignement du bouddha, du point de vue du zen, il n’y a pas une personne qui attend quelque chose de toi, mais on peut dire l’ordre cosmique, le Dharma, l’équivalent bouddhiste de ce que l’on appelle Dieu dans le christianisme, attend que tu le réalises, que tu le réalises en toi. C’est-à-dire que tu t’éveilles. On peut dire d’une certaine manière ce qui t’arrive, et le fait que tu en réchappes à chaque fois, tu peux le vivre comme un signe à la fois de l’urgence qu’il y a à ne pas perdre la précieuse vie humaine que tu as et que tu gardes malgré le danger de ta santé. Mais garder, rester en vie, à quoi bon si c’est pour mener une vie d’idiot. Si c’est juste suivre la mode, les désirs de tout le monde, essayer de jouir tant bien que mal de petits plaisirs qui compensent le fait qu’au fond, on est passé à côté de l’essentiel. Je crois que quand on vit dangereusement comme toi on peut se dire qu’au fond il serait temps de ne plus passer à côté de l’essentiel. Et c’est cet essentiel-là qui attend que tu le réalises en quelque sorte. On peut l’appeler de différentes manières, on peut l’appeler « nature de Bouddha » par exemple, véritable nature de ton existence, qui n’est pas seulement toi-même, qui n’est pas quelque chose à l’intérieur de toi, qui est ce dans quoi tu baignes, ce qui fait que tu existes comme moi, qui est ce que nous partageons en commun, et qui a besoin de se réaliser, qui a à se réaliser. Voilà, ce serait ma réponse.

Je continue un petit peu sur ce thème car souvent des gens qui se trouvent confrontés aux souffrances de la maladie, de l’imminence éventuelle de la mort, demandent si on ne peut pas, dans le zen, prier, est-ce qu’il n’y a pas un Autre finalement.
Est-ce qu’on est toujours seul face à soi-même ?
 Alors je rappelle que, et je pense qu’il faut qu’on y vienne, il y a dans le zen le recours à Kannon. Kannon en tant qu’incarnation de la dimension compatissante de Bouddha. Et Kannon est un grand boddhisattva. Le boddhisattva Kannon peut être prié dans les cas de danger, on peut avoir recours à son aide. Et peut-être, sans le savoir, c’est cette dimension-là  de l’ordre cosmique qui te vient en aide à toi, particulièrement Christine.
Et normalement par exemple dans les monastères zen le matin on chante régulièrement le Kannon Gyo. Alors nous on ne le chante pas mais je pense qu’on a tort, on devrait le chanter. Je pense qu’il faut qu’on y vienne. C’est un peu long alors évidemment dans les monastères on n’a que ça à faire alors on peut prendre le temps de le chanter. Nous quand on doit prendre le métro pour aller travailler le matin, c’est un peu plus difficile. Mais au moins dans certaines circonstances on peut, et notamment dans les sesshins, dans les week-ends, quand on a un peu plus de temps, chanter le Kannon Gyo et se rappeler qu’il y a cette dimension compatissante de Bouddha, de l’ordre cosmique, que nous appelons Kannon mais que l’on pourrait appeler autrement, comme dans d’autres religions, à laquelle nous pouvons avoir recours. Et je crois que c’est très important. Je crois que le fait de le chanter ne pourrait que nous faire du bien.
Parce que quand on chante le Kannon Gyo, finalement on s’identifie soi-même à Kannon. Ce n’est pas seulement qu’on prie Kannon (« s’il vous plait aidez moi, cela ne va pas du tout, je suis dans la merde, venez à mon secours ! »), mais c’est que on devient aussi, puisque c’est une dimension de l’existence, de tous les êtres, cette dimension de la compassion. Finalement, on réveille aussi cette dimension de la compassion en soi même. On apprend aussi d’une certaine façon de cette manière-là à s’aider soi même et à aider les autres. Voilà, donc puisque nous sommes en pleine évolution actuellement avec nos rituels, je pense qu’il serait intéressant d’écouter comment se chante traditionnellement le Kannon Gyo et d’apprendre à le chanter. Par exemple Maître Deshimaru le chantait régulièrement quand il y avait des circonstances... c’est un peu comme le kito, c’est une prière qu’on chante par exemple au moment des enterrements. Quand on assiste à une cérémonie d’enterrement, pendant qu’on incinère le corps du défunt, on peut, et c’est très bien, accompagner cette incinération du champ du Kannon Gyo, pour appeler la compassion de Kannon à l’aide de cette personne défunte.


Samedi 22 septembre 2007
Zazen de 7h00


Pendant zazen, continuez à vous concentrer sur la posture du corps, ne laissez pas votre posture se relâcher. Etirez bien la colonne vertébrale, la nuque, poussez le ciel avec le sommet de la tête et la terre avec les genoux, et surtout détendez bien le ventre et les épaules. Au lieu de suivre les pensées, ramenez votre esprit à la respiration, c’est-à-dire à l’ici et maintenant de la vie dans ce corps et cet esprit en unité. Lorsqu’on se concentre sur la posture du corps, on devient naturellement intime avec son esprit, c’est la pratique fondamentale de la sesshin. Dans la vie quotidienne, on est sans cesse distrait par toutes sortes d’activités que nous poursuivons. En sesshin, toutes les activités se calment, on est seulement concentré sur la pratique du zazen, du samu, l’agitation mentale s’apaise et on peut observer son propre esprit.
L’esprit lui-même est insaisissable, ce n’est pas quelque chose que l’on peut observer, quand on dit observer son propre esprit, c’est observer le fonctionnement de l’esprit, c’est-à-dire observer les phénomènes, par exemple : ici et maintenant, est-ce que notre esprit est concentré ou bien distrait ? Est-ce que nous éprouvons, des émotions ou des sentiments, des attachements ou bien des regrets ? Est-ce qu’il y a  du désir ou de l’hostilité ?
En fonction de nos différents états d’esprit, nous percevons le monde différemment. Chaque jour est un jour nouveau mais en fonction de notre propre humeur et de notre état d’esprit, le monde dans lequel nous allons vivre cette journée prend une coloration différente. En fait, il n’y a pas de monde pour nous en dehors de notre esprit. C’est notre esprit qui construit le monde dans lequel nous vivons. Le monde est ce qui vient se refléter dans notre esprit. Il n’y a pas d’esprit séparé du monde ni de monde séparé de l’esprit. Il nous est difficile d’agir sur le monde, par contre on peut apprendre à contrôler son propre état d’esprit. Si on entretient des sentiments négatifs de rancœur, d’hostilité, de jalousie, nous vivons dans un monde infernal. Si nous laissons tomber ces sentiments négatifs, si nous cultivons la bienveillance et la compassion à l’égard de tous les êtres, alors le monde dans lequel nous vivons devient la terre pure de Bouddha, pas seulement en imagination, mais bien sûr comme nous agissons aussi à travers notre état d’esprit, notre esprit influence complètement le monde qui nous environne.
Ici, Maître Basso enseignait — c’était même le cœur de son enseignement — l’esprit lui-même est Bouddha. Il considérait que Bodhidharma était venu d’Inde en Chine pour transmettre cela : la foi, la confiance dans le fait que notre propre esprit est Bouddha, la véritable nature de notre esprit est la nature de Bouddha, c’est-à-dire la nature de totale interdépendance avec tous les êtres, la vie sans séparation.
Il disait : « Il n’est pas de Bouddha en dehors de l’esprit et il n’est pas d’esprit en dehors de Bouddha ». Il ajoutait : « Ne vous attachez pas au bien, ne rejetez pas le mal, ne vous appuyez pas sur les deux extrêmes de la pureté et de l’impureté ainsi vous comprendrez que la nature des fautes commises est vacuité, sans substance ». Ne pas même s’attacher au bien, ne pas même rejeter le mal, ne pas s’appuyer sur la pureté et l’impureté veut dire abandonner toutes les notions fabriquées par le mental. Lorsque nous abandonnons toute notion, nous abandonnons aussi l’attachement à notre propre ego qui n’est qu’une fabrication mentale parmi d’autres. Si nous réalisons cela véritablement alors aucun mal ne peut plus être commis, le bien est naturellement pratiqué. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas besoin de s’attacher à cette notion de bien ou de mal, il y a par contre à continuer la pratique assidûment, à ne pas laisser son esprit s’enliser dans des fabrications mentales, à faire confiance naturellement à l’esprit qui est Bouddha.


Samedi 22 septembre 2007
Zazen de 11h00


Pendant zazen, ne vous attachez pas aux objets mentaux qui surgissent à chaque instant, ne vous en emparez pas, ne les suivez pas, observez plutôt le fonctionnement de l’esprit, c’est-à-dire qu’est-ce que vous faites avec les phénomènes que vous rencontrez.
 On n’est pas maître de ce qui nous arrive, de ce qui surgit d’instant en instant, même de son propre subconscient.
Par contre, ce que l’on fait de ce qui nous arrive peut devenir notre pratique de la Voie, c’est même fondamentalement l’essence de la pratique de la Voie : comment nous faisons face aux phénomènes. Bien évidemment, les phénomènes qui surgissent ne sont pas séparés ni indépendants de l’esprit qui les perçoit.
C’est l’essence de l’enseignement de Maître Basso, et de tout l’enseignement originel du zen fondé sur le sutra du Lankavatara, qui insiste beaucoup sur le fait que tout est esprit finalement. A l’heure actuelle où on recherche une voie spirituelle, une pratique spirituelle souvent en faisant une différence avec les religions établies, les dogmes, on doit comprendre que ce qui est spirituel dans la pratique, c’est comment nous faisons face aux phénomènes. Si on fait face aux phénomènes avec avidité, avec hostilité, en les utilisant pour nourrir notre ego, on ne peut pas vraiment dire que nous avons une vie spirituelle. Si, par contre, on questionne la manière dont notre esprit fait face aux phénomènes, on peut dire que là on entre dans la voie spirituelle.
Maître Basso remarquait que les pensées ne peuvent pas être atteintes, car elles n’ont pas de nature propre, c’est-à-dire que nos pensées n’existent pas par elles-mêmes, elles sont produites par l’esprit donc dépendent de notre état d’esprit. Ce que l’on peut percevoir, c’est l’interdépendance entre notre état d’esprit et nos fabrications mentales, c’est-à-dire notre façon de percevoir la réalité et d’y réagir. Ce qui fait dire à Basso que le triple monde n’est que l’esprit. Le triple monde, c’est tout l’univers dans lequel on est amené à transmigrer, à renaître de naissance en naissance. On parle de triple monde parce que suivant notre état d’esprit qui se présente sous différentes formes.
Il y a le monde des désirs qui est le monde qui apparaît lorsque nous sommes gouvernés par notre ego, qui désire ceci ou cela, qui veut obtenir une gratification, une satisfaction, qui se met en colère contre tout ce qui dérange la satisfaction de ses désirs, ou ce qui dérange ses illusions, qui est donc amené à produire de la haine, de l’hostilité. Tout cela à cause de son ignorance, de son ignorance de la nature illusoire de cette construction mentale de l’ego, et inversement de l’ignorance de la véritable nature de l’existence qui n’est pas limitée à cette construction mentale et à ses objets, c’est cette ignorance qui crée l’état de  frustration dans laquelle vivent la plupart des gens, un sentiment de manque, d’insatisfaction, de passer à côté de l’essentiel.
Alors on se met à rechercher à ce qui pourrait nous faire du bien pour panser notre malaise et la chaîne des désirs se met en marche. On y trouve bien sûr certaines satisfactions mais toujours relatives, insuffisantes parce que  elles ne correspondent pas à ce que l’on recherche au fond, notre véritable besoin qui est de nous éveiller à la véritable dimension de la vie et vivre en harmonie avec cet éveil, au-delà de notre petit ego. Tant que l’on ne réalise pas cela, on vit dans le monde des désirs.

Ensuite, il y a le monde des formes, parfois on dit le monde des formes pures. C’est une perception du monde qui est réalisée dans la pratique de la méditation lorsqu’on s’est dépouillé de ses désirs, et que l’on perçoit toujours les formes mais sans avidité ni haine, sans choix ni rejet. Par exemple en zazen, on vit dans le monde des formes. Même si des désirs ou des aversions surgissent, rapidement on les laisse tomber. On les perçoit juste comme de simples formes, comme des vagues à la surface de l’eau, sans se laisser prendre par elles, et si on en observe la vacuité, alors on pénètre le monde sans forme. On peut dire que le monde des formes est réalisé par la pratique de la concentration, le monde sans formes par la pratique de la sagesse, de l’intuition juste, de l’observation juste. C’est le monde de ku où  les formes sont perçues dans leur véritable nature, c’est-à-dire sans substance, donc sans formes réelles, impermanentes, toujours changeantes.

On voit bien comment ce triple monde dépend entièrement de notre esprit, de notre état d’esprit, comment on peut circuler d’un aspect du monde à l’autre, par exemple entre le temps de la vie quotidienne et le temps du zazen et à l’intérieur même d’un zazen suivant les phases de la pratique, on peut passer du monde des désirs au monde des formes et au monde sans forme. L’essentiel est de réaliser que ces trois mondes dépendent entièrement de notre esprit ce qui veut dire que le triple monde est vacuité non pas inexistant, mais conditionné par notre état d’esprit, n’ayant pas d’existence propre, autonome. De même, on peut dire que la réalité avec un grand R, le monde  que l’on perçoit  est complètement conditionné par nos organes des sens. Une mouche ne voit pas le monde comme nous.

Parfois aussi, le triple monde est décrit comme kan jin shi, c’est-à-dire le monde des trois poisons, de la cupidité, de la haine et de l’ignorance. Par exemple, quelqu’un qui crie « assassin » est exactement dans ce monde de la haine, et si l’on voit le triple monde comme conditionné par ces émotions d’avidité, de haine et d’ignorance, alors notre pratique est de le transformer en monde de kaï jo e, c’est-à-dire le monde vécu à travers la pratique de la Voie, la conduite juste des préceptes, de la méditation, de la concentration, et de la sagesse.
Maître Basso développe ce qu’il veut dire par « triple monde n’est que l’esprit ». Il dit : « L’univers et ses myriades de formes ne sont que le sceau du Dharma, de la loi unique ». Toutes les formes que l’on voit sont des visions de l’esprit. L’esprit n’existe pas en soi, il n’existe qu’à travers les formes, parfois d’ailleurs, on dit qu’il n’y a pas de conscience à part d’être conscient de quelque chose, on dit que l’esprit est ce qui se manifeste dans l’interdépendance avec les phénomènes.
Aussi Basso ajoute : « A chaque fois que vous parlez de l’esprit, comprenez que les phénomènes et l’absolu sont sans obstruction réciproque », c’est-à-dire sans séparation. Pénétrer ce monde sans obstruction entre les phénomènes et l’absolu est le sens de notre pratique de la Voie. C’est parvenir à laisser tomber en nous ce qui crée sans cesse des séparations et des oppositions et donc réaliser le véritable esprit religieux.
Basso conclut : « Ce qui est produit par l’esprit est appelé forme, lorsqu’on sait que la forme est vide, la production devient non-production. » C’est exactement le sens de l’Hannya Shinghyo : shiki soku ze ku. « Ayant compris le sens de cela, dit-il, alors vous pouvez agir selon les circonstances, vous vêtir, vous nourrir, entretenir longuement l’embryon sain, c’est-à-dire notre nature de Bouddha et vivre en accord avec le spontané, avec la Voie, je n’ai rien d’autre à vous enseigner, » dit-il.
Il termine par un poème qui exprime complètement son éveil. Il dit : « La Terre de l’esprit s’exprime selon les circonstances, l’éveil est apaisement, les phénomènes et l’absolu sont sans obstruction, il y a simultanément production et non production. »



22 septembre 2007
Zazen de 16h30


Pendant zazen, concentrez-vous sur votre posture, en y mettant toute votre énergie et votre attention en laissant tomber toute autre intention et arrière-pensée pour être seulement pleinement assis. Pendant cet instant-ci, tous les doutes disparaissent. Lorsqu’il n’y a plus qu’un corps et un esprit abandonnés à la pratique de zazen, sans séparation, il n’y a plus d’espace pour le doute ni même pour la foi. La véritable foi est non-deux. C’est faire véritablement corps avec la pratique, avec la pratique qui est la réalité elle-même de notre vie, à chaque instant, qui fait que quand on réalise cela, on se dit: il n’y a pas besoin d’autre chose. Bien sûr, il pourrait être agréable d’aller nager dans la mer, mais fondamentalement, il n’y a pas besoin d’autre chose :ça suffit. Le meilleur remède au doute, c’est de revenir à l’expérience de la pratique juste, de la pratique qui est elle-même réalisation ici et maintenant. Ce n’est même pas une question de prendre conscience de la souffrance, de réfléchir à ses causes et vouloir les résoudre. C’est complètement au-delà de ça. C’est au-delà même du bouddhisme.
Lorsque l’on pratique zazen avec la conscience hishiryo, c’est-à-dire en ne s’attachant à aucune pensée, tout est englobé dans cette pratique — la douleur, le plaisir, le bonheur, le malheur, les doutes, la foi — l’esprit en zazen est complètement plus vaste que tous ces phénomènes, toutes ces dualités, il les englobe complètement. Au fond, la véritable foi est notre foi en notre véritable esprit, l’esprit qui ne peut pas être enfermé dans quoi que ce soit, qu’on ne peut même pas appeler notre esprit parce que nous le partageons avec tous les êtres.


22 septembre 2007
Zazen de 16h30 – Mondo


Question: Hier, à la question “qu’attend-on de moi?”, tu m’as répondu: “de t’éveiller”. Est-ce que cela passe forcément par une ordination et pourquoi commence-t-on par bodhisattva? Est-ce que c’est un degré, est-ce que c’est une évolution?

YR: Alors, cela ne passe pas forcément par une ordination puisque on a un exemple célèbre dans l’histoire du zen, c’est Eno, le sixième patriarche, qui s’est éveillé et a même reçu la transmission du Dharma avant même de recevoir l’ordination. C’est exactement l’exception qui confirme la règle. En général – d’ailleurs on le dit pendant les ordinations – aucun Bouddha, aucun maître n’a été réalisé sans recevoir l’ordination, à quelques exceptions près. Pourquoi l’ordination? Simplement, parce que l’ordination exprime la foi profonde que l’on a dans la pratique de la voie et il est nécessaire d’avoir cette foi pour s’éveiller en général, parce que éveil veut dire pratique. L’éveil, ce n’est pas quelque chose qui nous tombe dessus comme ça par miracle. Même dans la tradition du zen Soto, l’éveil, c’est la pratique juste elle-même. C’est ce qui se passe dans notre vie quand on pratique d’une manière juste et la pratique juste elle-même, par exemple a pratique juste du zazen, est une pratique d’éveil: on ne pratique pas pour l’éveil futur, on pratique l’éveil maintenant.

Q: En soi, c’est un éveil?

YR: En soi, c’est un éveil. Et être dans la conscience hishiryo en zazen, c’est l’éveil, c’est-à-dire c’est s’harmoniser naturellement avec la véritable nature de notre existence, en harmonie avec l’ultime réalité, l’ultime vérité de notre existence. Mais (je parlerai de l’ordination après je vais continuer sur le thème de l’éveil puisque la question porte sur la relation entre les deux)
l y a aussi des formes d’éveil qui sont comme une sorte d’événement, quelque chose qui se passe à un instant donné et qui fait que plus rien n’est comme avant: c’est ce que l’on appelle le kensho, généralement dans la tradition zen. C’est très cultivé dans le zen Rinzaï, un petit peu moins dans le zen Soto, mais cela arrive à tout le monde. C’est ce qui se passe quand les doutes que nous avions précédemment tombent et que brusquement, c’est un peu comme “Euréka!”, d’un seul coup: “Ah!” Quelque chose devient évident, qui ne l’était pas avant. Un doute qui nous tourmentait, qui nous empêchait d’être vraiment un avec la pratique, par exemple, et qui faisait qu’on cherchait toujours ailleurs, parce que l’on ne pouvait pas imaginer que c’était là, ici et maintenant, et d’un seul coup, il y a un déclic qui se passé dans l’esprit et un fosse qui est comblé, une séparation qui est abandonnée, l’unité qui est retrouvée.
Donc, cela surgit dans un instant. Mais, ça arrive à des gens qui pratiquent et à partir de la pratique, mais ce n’est pas la forme d’éveil qui est cultivée dans le zen Soto. Ce qui est cultivé dans le zen Soto, c’est d’avoir une pratique constante d’éveil, c’est-à-dire de vivre en harmonie avec ce qui se réalise dans le zazen. Alors, quel est le rapport avec l’ordination? C’est que pour avoir cette pratique constante, qui transforme tellement notre vie qu’elle est elle-même pratique d’éveil, il faut pour cela avoir une confiance profonde, une foi profonde, à la fois dans la pratique, dans l’enseignement et dans le maître qui transmet cet enseignement. En gros dans les Trois Trésors, le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Et ça, c’est le principe de base de l’ordination, c’est d’exprimer cette foi, publiquement en particulier et en accomplissant les voeux du bodhisattva. Or les voeux du bodhisattva sont des voeux qui sont des voeux de mener une vie éveillée, mener une vie dans laquelle on se concentre à déraciner toutes les causes de la souffrance pour soi-même et pour les autres, dans laquelle on fait le voeu d’aider tous les êtres, des voeux altruistes, de compassion, on fait le voeu de pratiquer et d’étudier tous les enseignements (3e voeu) et le quatrième voeu, “aussi élevé que soit l’éveil du Bouddha, la voie du Bouddha, je fais le voeu de la réaliser”. Ces voeux et les préceptes sont ce qu’on s’engage à suivre et c’est ce qui devient le sens de notre vie lorsque l’on reçoit l’ordination. Alors, évidemment, si on a déjà cet idéal, et si on vit déjà en fonction de ces voeux et de ces préceptes, on peut dire que l’ordination n’apporte rien de plus, ce n’est qu’une confirmation. Mais l’ordination apporte quand même la chose suivante, c’est qu’au moment de l’ordination, il se crée un lien avec la lignée du Bouddha, à travers le godo, et ce lien devient un support et une grande aide pour la pratique, un soutien. Et en plus on reçoit le ketsumyaku et on reçoit le kesa, qui sont aussi des symboles forts de cette relation avec le Dharma transmis depuis Bouddha et cela soutient notre pratique, cela aide.

Q: C’est quelque chose qui est ressenti au moment même de l’ordination, qui fait que c’est comme un contrat?

YR: Généralement, c’est même ressenti avant l’ordination, c’est quand on ressent cela qu’on décide de se faire ordonner, l’ordination venant un peu comme une confirmation. Mais il y a eu des fois ou pour des gens ce n’était pas du tout clair du pourquoi ils voulaient se faire ordonner, mais ils sentaient un impérieux besoin, brusquement, comme ça de se faire ordonner. Et ils recevaient l’ordination, et ce n’est que peu à peu, que l’ordination révèle progressivement ces effets et cette dimension que j’essaye d’expliquer là.
Il y a plusieurs cas de figure. Pendant longtemps, on a plutôt considéré une demande d’ordination comme simplement un acte de foi, et puis on ne développait pas beaucoup le sens de l’ordination. On se disaient les gens reçoivent l’ordination et puis petit à petit, ils comprendront. Mais en réalité, je me suis rendu compte que dans notre tradition de l’école du zen Soto, il y a une ordination de bodhisattva, qui est l’ordination première, entre les deux l’ordination, c’est de moine ou de nonne n’est que la confirmation de celle de bodhisattva, dans un engagement plus total et plus fort. C’est-à-dire que quand on devient bodhisattva, on s’engage vraiment à suivre les Trois trésors, à suivre la voie, les préceptes, les Quatre voeux - ce sont les valeurs du zen, ce qui fait le sens de la pratique. Quand on devient moine – ou nonne – il n’y a pas de nouveaux enseignements ou des nouveaux sutras qu’on récite ou de nouveaux engagements que l’on prend sauf que normalement, on change de vêtements, on se rase la tête et on s’engage à être totalement dans la voie, ne faire que ça. Un peu comme les bénédictins, les trappistes ou tous les moines chrétiens. Ils avaient déjà la foi avant, ils avaient reçu la communion solennelle etc. mais d’un seul coup, ils décident que se consacrer à Dieu toute sa vie, et ne rien faire d’autre que cela, mener une vie de prière, c’est vraiment cela qu’ils veulent vivre. Et donc ils abandonnent tout pour cela. Dans le zen, au fond, à l’origine, c’était exactement la même chose. On devient moine, on reçoit le bol, le kesa, le kolomo, on se rase la tête, on abandonne tout, on devient shukke, donc quelqu’un qui a abandonné toute demeure, tout attachement et qui se concentre seulement sur la voie. Donc on peut dire que c’est un degré de plus effectivement dans l’ordination de bodhisattva. Mais l’idéal du moine, ce qu’il veut réaliser, c’est les voeux du bodhisattva, il n’y a rien de plus, sauf qu’il met toute son énergie là-dessus alors que le bodhisattva, on dit que c’est un disciple un peu laïc – un peu entre les deux: entre un laïc et un moine – mais qui ne quitte pas sa famille, qui ne quitte pas son travail, qui garde son activité sociale, donc qui est partagé, forcément. Donc pour ne pas être trop divisé, le bodhisattva doit s’efforcer de faire en sorte que même sa vie de famille et sa vie professionnelle puisse être aussi une façon de pratiquer la voie: ne pas créer de dualité entre les deux. Mais parfois cette dualité existe. Donc le moine, lui, décide en principe de quitter ce qui est social et de se concentrer sur la voie à la fois pour lui-même (pour sa propre pratique) mais pour contribuer à la transmettre aux autres. Ce ne sont pas tous les moines qui ont vocation nécessairement d’enseignants, mais généralement le fait d’être moine débouche là-dessus. Puisque toute notre vie devient le zen, naturellement on a envie de le partager avec les autres.

Q: On peut rester toute une vie bodhisattva?

YR: Oui bien sûr.

Q: Et cela passe par la couture?

YR: Cela passe par la couture… C’est-à-dire que si tu as des obstacles, par exemple comme tu es un peu malade, et si tu n’arrives pas à coudre, pour une raison…

- Non non, je peux coudre…

YR: Parce qu’il y a des gens qui se disent: “moi j’ai une mauvaise vue, je ne peux pas coudre, je ne peux pas être ordonné”. C’est absurde.

Q: Non, j’avais juste des troubles visuels à un moment donné.

YR: OK. C’est bien de coudre parce que c’est une bonne préparation, c’est une concentration point par point, comme va être notre pratique, jour après jour, pratique constante du gyogi. La couture du kesa, du rakusu, c’est la meilleure préparation. D’abord, cela se fait avec la Sangha, on ne peut pas coudre bien en prenant juste un bouquin – Le livre du kesa -  et puis se faire cela tout seul. Tous ceux qui font ça se trompent, ils sont obligés de le refaire à la fin. Donc on est obligé de faire appel à l’aide des anciens, donc de préparer son rakusu avec la Sangha, d’avoir de la patience, de la concentration. En même temps, c’est comme un miroir de soi-même, quand on coud, il y a des moments où cela ne va pas bien, on s’aperçoit qu’on a cousu de travers, on est oblige de défaire, de recommencer, c’est vraiment un travail, une pratique qui est une bonne préparation à l’ordination en effet. Et cela prend un certain temps, le temps de méditer si on veut vraiment se faire ordonner, de laisser mûrir la demande. On a une première idée: “Tiens je me ferias bien ordonner”. Mais, bon, je vais commencer par coudre mon rakusu et puis je verrai après. Et puis petit à petit, la demande se précise, elle mûrit.

Q: On peut mettre deux ans à faire un rakusu?

YR: Bien sûr.

Question: Ma question est à propos de la foi, justement, parce que je me dis que même en étant moine ou nonne et même en ayant une foi forte, il y a des moments dans la vie où cette foi faiblit et on doute, donc je me demande comment faire face à ces moments de doute?

YR: Je crois qu’il ne faut pas éviter le doute mais essayer d’aller voir qu’elle est la racine de ce doute. Faire du doute un koan pour approfondir sa propre pratique. C’est-à-dire que moi j’ai une foi tellement profonde que ma foi inclut le doute. Pour moi le doute va être l’occasion d’approfondir ma propre compréhension du Dharma et c’est un stimulant le doute. Pour moi, ce n’est pas un obstacle. Mais il peut être un obstacle. Le doute qui peut devenir un obstacle, c’est le doute qui consiste à se dire: à quoi bon pratiquer?

- Exact. C’est là où la foi peut être déséquilibrée…

YR: Oui, tout à fait.

Q: C’est là où on préfère passer un week-end à la mer plutôt qu’aller à la sesshin.

YR: Peut-être. Moi je n’ai pas le choix, alors c’est facile (rires). Il y a des gens qui m’attendent à la sesshin, alors je suis obligé d’y aller. Maître Deshimaru nous disait cela parfois. Il disait: “Grâce à vous, je continue à pratiquer”. Je ne peux pas rester au lit le matin sinon on vient me chercher, on sonne à la porte… Pour revenir à ta question, c’est quoi finalement?

Q: C’est justement durant ces périodes où la foi n’est pas assez forte pour faire face à ce doute, là où on doute vraiment de la pratique elle-même, et non que le doute est englobé dans la pratique, là où on se dit “mais à quoi bon?” – justement comme tu as bien dit -  comment continuer, comment aller au-delà et comment aller à la pratique naturellement ? – ou pas naturellement je ne sais pas ?

YR: Moi je crois qu’il faut essayer de creuser ce doute, quand on se demande “à quoi bon?” Qu’est-ce que ça veut dire pour toi? Par rapport à l’instant d’avant ce doute où la question ne se posait pas, quand tu te demandes “à quoi bon? Après tout je ferais bien autre chose que de faire zazen”, qu’est-ce qui se passe à ce moment-là? Qu’est-ce que c’est que ce doute? Cela veut dire qu’avant par exemple, tu éprouvais les bienfaits du zazen, que tu n’éprouves plus ou que tu avais une conviction intellectuelle que c’était juste et d’un seul coup, tu as réfléchi et tu t’es dis: “Mais c’est absurde cette histoire, qu’est-ce que cela veut dire?” Tu comprends ce que je veux dire? C’est-à-dire creuser vraiment la nature de ce doute. Et surtout en parler avec ton godo, celui que tu considères comme ton maître, je ne sais pas si c’est moi, je suppose que oui…

- Oui.

YR: Dans ces cas-là, c’est bien justement, c’est l’occasion de dire, justement pour les gens qui se font ordonner, par un godo, qui devient leur maître à cette occasion, le jour où vous avez des doutes, il faut en parler. Parce que sinon à quoi bon avoir un maître? Si ce n’est pas pour le questionner vraiment, pour aller au fond d’un problème quand on a un doute. Parfois, j’ai l’impression que les disciples n’osent pas, ne veulent pas montrer leurs doutes, veulent toujours faire bonne figure de bons disciples et donc ils ont un peu honte et du coup, ils restent avec cette honte et cela les empêchent de présenter leurs doutes. Il n’y a rien de plus décevant pour un maître de s’apercevoir que quelqu’un a arrêteé la pratique suite à des doutes profonds dont cette personne n’a jamais osé parler. Dans ces cas-là, je suis vraiment très déçu. Qu’est-ce que cela veut dire? Dans ces cas-là, il n’y a pas de relation. Alors, je ne sais pas si tu veux maintenant parler de la nature de ton doute?

Q: Et bien si je suis là maintenant c’est parce que je n’ai pas de doute mais je passe par des moments où je n’ai plus envie, finalement, je préfère revenir à mes petits désirs et investir plutôt 100 euros dans une sesshin et m’acheter un petit gadget électronique ou quelque chose comme ça, ce sont des petites envies comme ça, qui finalement me font du bien tout de suite, mais je vois très bien aussi que je peux courir le risque que ça reparte et que je passe ma vie comme ça. Cette question vient aussi de ce que tu as dit aussi ce matin, sur le risque de passer à côté de l’essentiel et moi je vois parfois que je suis sur la marche entre repartir dans une vie ordinaire normale, comme tout le monde et en même temps j’ai une foi dans la pratique qui est sûre. Mais parfois il y a des périodes où cela tombe…

YR: Mais je crois que c’est un peu pour tout le monde pareil. Je crois que là il faut trouver la manière juste de tenir compte de son ego sans se laisser embarquer par lui. Mais parfois il faut faire des concessions parce que peut-être que si tu tires trop sur la corde, du côté ‘je sacrifie tout pour la pratique, je ne m’accorde aucun plaisir, aucun loisir… que la pratique… je suis une vraie nonne, etc. dans l’enthousiasme, cela peut se jouer très bien pendant un certain temps. Mais si on réprime trop nos désirs ordinaires, à un moment donné, notre ego peut nous jouer un très mauvais tour. Justement, en distillant du doute parce que c’est trop. Il ne peut plus supporter et du coup, l’ego va fabriquer du doute pour essayer de récupérer du plaisir qui lui a été refusé. Alors, dans ces cas-là, c’est plus habile à mon avis de se dire: “là j’y suis allée trop fort, je vais faire un truc qui va me faire plaisir”. Alors oui va passer ton week-end où tu veux, un truc qui te fait plaisir, en sachant que de toute façon, au bout de ton week-end, tu auras eu le plaisir mais tu sais très bien au fond de toi-même que cela ne va pas entraîner le fait de passer 10 week-ends de suite comme ça, parce que cela va te paraître… Enfin je ne sais pas si ça m’arrive au bout de deux jours de loisirs, je me dis que c’est vain. Et ce n’est pas qu’un jugement moral, je ressens comme profondément vain: “c’était sympa mais sans plus, ça suffit, basta”. Mais si je ne l’avais pas fait, peut-être que j’aurais renâclé un peu pour venir en sesshin, je l’aurais fait avec effort et là – je parle de quelques jours de vacances – et au bout d’un moment on se dit “bon ça suffit”, on a contacté quelque chose de beaucoup plus essentiel, à ce moment-là, on se rend compte que oui c’est agréable, oui mais ce n’est pas suffisant du tout, donc si je me consacre davantage à cela, je sais que je vais être finalement complètement insatisfait, donc on laisse tomber et on revient vers le zazen, vers la sesshin, etc. Voilà…
Et ces allers et retours, il faut savoir les doser évidemment.
C’est à chacun de sentir et on a tous un karma différent, il n’y a pas un modèle unique. Il y a des gens qui ont des bonnos plus ou moins forts, il y a des manières diverses de jouer avec, il ne faut pas vouloir les trancher d’une manière trop ascétique et il ne faut pas non plus se laisser être trop complaisant et se laisser toujours embarquer dans le sens des bonnos parce que la vie passe vite justement.

Alors il y a une négociation à avoir. Le Bouddha enseignait la voie du milieu et j’ai souvent répété cette expression – qui est une expression du Bouddha – de pratiquer chaque jour ce qui possible - l’art du possible – ce qui est praticable, avec mon karma, avec mes bonnos, avec là où j’en suis maintenant, qu’est-ce que je peux faire? Alors on peut toujours rêver d’être comme Eka, qui se tranche le bras, qui meurt à moitié de froid dans la neige pour être reçu par son maître, qui vraiment abandonne tout, mais on peut aussi renoncer à certaines choses. Il faut savoir ce que l’on peut faire dans ce sens-là. Si l’on a contacté un jour une foi profonde dans la pratique, je crois qu’on peut négocier ce genre de doute-là. C’est assez facile ce genre de doutes-là. Il s’agit de trouver une voie du milieu, un équilibre. Là où c’est plus difficile c’est si c’est un doute profond, au niveau spirituel, si c’est vraiment un doute sur l’enseignement, sur les bases du Dharma. A ce moment-là, cela mérite d’en discuter avec un godo. Par exemple, il y a un doute qui pourrait être un doute fondamental, par exemple, on parle toujours de la première Noble Vérité: il y a de la souffrance mais il faut en découvrir la cause (c’était le cas du Bouddha) et puis expérimenter qu’on peut y mettre fin à travers certains moments particuliers dans la pratique et du coup avoir confiance dans la voie et décider de s’engager dans la pratique. Mais on peut avoir parfois le doute fondamental que après tout, la souffrance, cela fait partie de la vie, moi je prends la souffrance telle qu’elle est, je ne cherche pas à éviter la souffrance. Par conséquent, la première Noble Vérité, je la laisse de côté, cela ne m’intéresse plus. J’assume de souffrir et je vis mes passions. C’est un gros doute.

Q: A ce moment-là, on ne vient pas en sesshin…

YR: Oui, mais c’est un doute qui mérite d’être creusé. Là, il faut vraiment aller au fond de ce doute-là, parce que sinon cela peut être un doute qui te met complètement en dehors de la voie. C’est un doute qui pourrait complètement annuler l’esprit de la voie. Ce genre de doute-là, c’est intéressant. Si vous avez un doute comme cela, on peut en parler.

Question: J’aurais voulu avoir une précision au niveau de la Sangha zen, dans un sens élargie, la réponse est peut-être toute simple… Aux commémorations de juin à la Gendronnière, au départ, cela devait s’appeler “commémoration pour les 40 ans de la mission de Maître Deshimaru” et finalement cela s’est appelé la “commémoration des 40 ans de l’implantation du zen Soto en Europe”. J’ai été sensible au fait que avec tous les invités qu’il y a avait, de nombreux pays, il y a avait comme une reconnaissance de la place et du rôle de beaucoup de personnes qui ont oeuvré pour le zen, justement à partir de l’enseignement de Maître Deshimaru et je me suis demandée pourquoi on ne parlait jamais ou qu’on a pas vu du tout Maître Thich Nhat Hanh. Je me suis demandée si derrière cela, il y avait une autre conception du zen Soto plus yin, par rapport au zen Soto japonais…

YR: Zen Soto plus quoi?

Q: Plus yin, plus soft. Parce que si tu veux, ces cérémonies ont été si importantes, en plus il va y avoir un compte-rendu, c’est quelque chose qui était assez historique.

YR: Oui mais d’abord cela se passait dans le contexte du zen Soto et Thich Nhat Hanh n’en fait pas partie, tout simplement.

- Mais on dit toujours qu’il est zen Soto vietnamien.

YR: Non, non. Il se réclame d’une lignée zen vietnamienne mais je n’ai jamais entendu parler de Soto.

- Moi, tout le temps, dans ses livres.

YR: Dans ses livres? Moi j’ai lu ses livres et je ne vois pas tellement d’allusion au zen Soto. Non, d’ailleurs, dans ses livres, il s’appuie beaucoup (je trouve cela très bien) sur les sutras Theravada, des sutras anciens. Bref, le point n’est pas de juger la valeur de l’enseignement de Thich Nhat Hanh, le fait est que il n’est pas considéré dans le Soto zen européen comme faisant partie de la famille du zen Soto, mais pas du tout. Et c’est respectable mais c’est autre chose. C’est le zen vietnamien, le zen de Thich Nhat Hanh, avec ses composantes. Ce n’est pas qu’il est jugé mauvais mais il ne fait pas partie de la famille. Là il s’agissait d’une réunion de famille. C’est tout. Tu parles de Sangha: la Sangha c’est une famille. C’est une famille qui a une généalogie, et on n’a pas vraiment discuté avec lui de ça, et d’ailleurs il s’est toujours tenu à l’écart, il fait quand même son truc Thich Nhat Hanh, ça va, il est arrivé 13 ou 14 ans après Maître Deshimaru en Europe, un an ou deux avant sa mort(mort de Maître Deshimaru), il a installé son village des Pruniers et il a fait ce qu’il faisait avant, venant des Etats-Unis. Il avait d’abord développé aux Etats-Unis puis transplanté en Europe, avec l’aide des américains d’ailleurs… Et c’est vrai qu’on a peu de contact et aucun des pratiquants de la vaste Sangha du zen Soto en Europe ne va reconnaître Thich Nhat Hanh comme faisant partie du zen Soto. Ce n’est pas moi qui pense cela, c’est l’évidence pour tout le monde. C’est tout. Alors, il n’y a pas de jugement ni pour ni contre, c’est: il ne fait pas partie de la famille.
Par contre, on voulait fêter l’anniversaire de la mission de Maître Deshimaru et après c’est devenu l’implantation du zen Soto en Europe, tout simplement, il n’y avait pas de dualité du tout, c’est que la mission de Maître Deshimaru, c’était l’implantation du zen Soto en Europe. Mais simplement, parler de la mission de Maître Deshimaru, c’était tourné vers le passé, cela aurait été des cérémonies et un colloque de gratitude pour ce qu’a fait Maître Deshimaru, mais dans l’implantation du zen Soto, il y a ce qui s’est fait au-delà de Maître Deshimaru. C’est ça la réussite de Maître Deshimaru, c’est qu’il y a eu un au-delà de lui. Maître Deshimaru n’aurait pas du tout aimé que l’on parle du zen de Deshimaru.

Q: Oui mais ça j’ai bien ressenti cette dimension, d’autant plus qu’il y avait des disciples qui ne pratiquent plus dans l’AZI, mais qui sont de sa mission, plus des japonais, qui ne sont pas non plus directement liés à nous – je pense à la nonne Aoyama – mais qui reconnaissent sa mission. Dans ce cas-là je ne sais pas il faut que je vérifie où j’ai lu que c’était du zen Soto parce que cela m’a un peu interpellé. Comme vous avez beaucoup d’échanges avec les autres Sanghas… de se dire est-ce que lui n’a pas aussi amené un zen Soto différent?

YR: Cela ne s’est jamais posé dans ces termes. On n’a jamais parlé de Thich Nhat Hanh comme faisant partie de la famille du zen Soto, ce n’est venu à l’idée de personne. Et ni même lui n’a jamais revendiqué de se réunir avec nous, faire des choses ensemble, ni rien du tout. Il est vraiment à part. Ni bien, ni mal, ni mieux, ni moins bien, voilà.

- D’accord, merci.



Dimanche, 23 septembre 2007
Zazen de 7h00


Revenez régulièrement à la concentration sur la posture du corps. A chaque fois que s’effectue ce retour à la posture, on abandonne naturellement les pensées qui nous obnubilent l’esprit. Ainsi, ce retour au corps est un des meilleurs moyens de pratiquer la voie pas seulement lorsqu’on est assis en zazen mais dans tous les moments de la vie quotidienne. Le corps est toujours ici, l’esprit a tendance à s’échapper ailleurs, tout au moins les pensées qui traversent l’esprit nous entraînent ailleurs si on les suit. Aussi, il est important d’apprendre à ne pas nécessairement suivre ses pensées. Bien sûr, il y a des moments en dehors du zazen où nous avons au contraire à nous emparer d’une pensée, à y réfléchir, en particulier lorsqu’on doit prendre une décision. Mais le temps du zazen est autre chose. Ce n’est pas le temps pour résoudre un problème concret, c’est le temps pour rentrer en contact avec la dimension profonde de l’existence. Pour cela, notre pensée ordinaire est plutôt un obstacle. Au début, elle nous aide notamment à suivre consciemment les instructions pour la pratique, se rappeler comment s’asseoir, comment on respire en allant jusqu’au bout de chaque expiration, comment laisser passer les pensées, éventuellement même comment en observer la vacuité de façon à ne pas s’y attacher ; tout cela, la pensée consciente peut aider à le résoudre. Mais si on en reste à une pratique volontaire, cette tendance toujours à devenir volontariste, il n’y a pas véritable libération et on reste à côté de la voie, on s’en est approché mais on n’y est pas vraiment. C’est le point délicat de tous les enseignements concernant le zen. Pour enseigner, on utilise la parole, les sûtras, les dits des anciens maîtres, tous ces enseignements pointent dans une direction, c’est une indication pour notre pratique. A la fin, la pratique elle-même peut nous conduire au-delà de tous les enseignements, c’est-à-dire nous ramener à l’ici et maintenant de la vie dans ce corps, dans cet esprit, dans ce dojo et en tous lieux. Comment pratiquer la voie est une question posée sans cesse pendant des siècles, ce n’est pas une question de débutant qui demande comment on fait zazen et à qui on peut répondre « assieds-toi le dos droit, rentre le menton, laisse passer les pensées ». Cette une question que lui posait un jour un moine : « Comment doit-on cultiver la voie ? », Maître Baso avait répondu : « La voie ne relève pas de la culture. » Si l’on dit que la voie peut être cultivée, une fois la culture accomplie, il y a à nouveau destruction, et on est semblable à un adepte du petit véhicule, c’est-à-dire dépendant d’une vision limitée de la voie, la voie qui est réduite à être une sorte de fabrication de notre propre mental, un produit, y compris le produit de notre pratique, notre pratique devient alors une technique pour produire quelque chose, un effet. Si l’on croit que la voie est l’effet est de la pratique, alors effectivement on réduit la voie à être quelque chose de périssable, de dépendant, de limité.
C’est pourquoi on ne devrait pas dire que l’on fait zazen, zazen n’est pas quelque chose que l’on peut faire, c’est au-delà du faire ; c’est précisément ce qui se passe lorsque le corps et l’esprit arrêtent de faire quoi que ce soit, arrêtent de suivre toutes les fabrications du mental ; à ce point-là se produit une authentique révolution intérieure, un total changement de perspective, et on peut enfin retrouver la liberté originelle de l’esprit, l’esprit d’avant notre adhésion à toutes nos productions mentales. Cela ne veut pas dire l’esprit qui existait lorsqu’on était un petit bébé – ce n’est pas l’esprit dans le passé, avant qui aurait été pur et qui maintenant serait devenu souillé ; c’est l’esprit qui est complètement au-delà de l’avant et de l’après, qui est toujours présent, a toujours été présent, l’esprit au-delà de toutes les pensées, les émotions, les sentiments qui surgissent, qui les englobe mais qui préexiste à toutes ces fabrications. Lorsque l’on pratique zazen sans plus faire quoi que ce soit, cela veut dire que cet esprit originel toujours présent ne s’identifie plus à ses productions. On se contente de les voir et les laisser passer, non seulement les productions mentales ordinaires du style : que vais-je faire après la sesshin, comment cela va se passer avec ma femme quand je vais rentrer chez moi, ou avec mon mari, comment vais-je régler tel ou tel problème de la vie quotidienne ? Bien sûr ces pensées surgissent constamment. En zazen, on les laisse passer immédiatement, on ne laisse pas l’esprit se refermer sur quelque chose, c’est comme les mains qui restent ouvertes en zazen, ne saisissant rien. Non seulement les pensées ordinaires mais également les pensées concernant la voie.
A la suite du mondo, le moine avait demandé à Baso : « Mais alors, si l’on dit que la voie ne peut pas être cultivée, par quelle sorte de compréhension peut-on atteindre la voie ? » Baso lui avait répondu : « La nature propre, autrement dit notre nature originelle est originellement parfaite. Celui qui ne stagne pas dans les phénomènes bons ou mauvais est celui qui cultive véritablement la voie. S’attacher au bien  rejeter le mal, contempler la vacuité, entrer en contemplation, tout cela n’est que création de l’esprit.
 Autrement dit, tous ceux qui recherchent la voie à l’extérieur s’en éloignent sans cesse, de plus en plus. Même si on parvient à mettre fin à la plupart de nos pensées de désirs ou d’hostilités, de choix ou de rejet, s’il reste une pensée d’attachement à la voie, à ce que l’on pense être la voie, on n’est pas véritablement libéré, et la pratique reste difficile, car on veut toujours saisir quelque chose.
L’enseignement de Baso sur la nature propre qui est originellement parfaite, nous libère profondément de cette croyance qu’il faut faire quelque chose, que tel qu’on est, cela ne va pas, on n’est pas suffisant, on n’est pas complet, on ne peut pas nous aimer, qu’il faut faire un travail sur soi, comme on dit maintenant. Si on pense comme cela, la vie devient laborieuse, et on finit par s’épuiser, toujours en quête de quelque chose, non seulement pour être aimé des autres mais aussi pour pouvoir s’aimer soi-même. L’enseignement de Baso, c’est que tel que vous êtes, cela suffit. On peut se contenter de rester tel quel, assis sur ce zafu tel quel, sans rien à ajouter ni à retrancher, comme les fleurs de champs qui n’ont pas de pourquoi ni de comment.



Dimanche, 23 septembre 2007
Zazen de 11h00


En zazen, revenez régulièrement à la respiration. Au lieu de suivre ses pensées, au lieu de les enchaîner les unes aux autres, on laisse apparaître une pensée, une image par exemple, et on revient à l’expiration. Et dans d’expiration, on laisse passer la pensée, de sorte qu’à la fin de l’expiration, l’esprit devient complètement neuf, sans pensée. Le fait que les pensées s’enchaînent les unes aux autres habituellement par toutes sortes d’associations, est le mode de fonctionnement de l’esprit ordinaire, ce qui occasionne beaucoup de troubles. Car au lieu de percevoir les phénomènes tel qu’il sont, dans notre perception se mêlent toutes sortes de pensées associées ; la même chose lorsque l’on rencontre quelqu’un, on rencontre rarement la personne telle quelle, immédiatement des impressions se mêlent, on superpose des souvenirs, des images ; ou bien quand on écoute quelqu’un, on entend rarement la parole de la personne elle-même, à ses mots, on associe nos propres pensées, nos impressions, nos émotions, nos attachements, ce qui fait que la plupart du temps, on interprète ce que l’on perçoit, ce que l’on voit, ce que l’on entend, au lieu de le voir, de l’entendre, de le percevoir tel quel. Cela entraîne toutes sortes de malentendus, d’incompréhensions, et à la limite rend la communication impossible.
Plus on avance en âge, plus on a accumulé d’expériences dans la vie, plus toute nouvelle expérience est associée à tout notre passé.
 Pratiquer zazen et particulièrement une sesshin, consiste en quelque sorte à remettre les compteurs à zéro, c’est-à-dire à apprendre instant après instant à laisser tomber toutes les associations, être juste dans la perception de la respiration, être totalement un corps qui inspire au moment où on inspire, et un corps qui expire au moment où on expire, sans dépendre d’autre chose. C’est ce que l’on appelle aussi lâcher prise.
A ce sujet, Maître Baso disait : « Lorsque la pensée d’avant, la pensée d’après et la pensée du milieu ne sont pas reliées entre elles, chaque pensée est dans l’extinction, le nirvana, et on appelle cela le samadhi du sceau de l’océan. Le samadhi, c’est-à-dire l’état de grande concentration, de l’océan c’est-à-dire de ce qui englobe toutes choses ; l’océan reçoit toutes les eaux, et finalement toutes les eaux n’on que la saveur unique de l’océan. L’océan est ce quoi retourne tous les phénomènes. Lorsque l’on revient à cet esprit qui englobe toutes choses sans s’attacher aux oppositions, aux différences sans créer de séparations, alors on a plus besoin de pratiquer la cause pour obtenir l’effet. Certaines formes de pratique sont ainsi : on pratique la cause pour obtenir l’effet. Cela paraît logique, normal, mais si on observe bien le fonctionnement de l’esprit qui pratique ainsi, c’est un esprit qui reste dépendant, dans la dualité, dans le mode de pensée de la technique. On fait quelque chose, on met en place quelque chose en vue d’autre chose, ce qui veut dire que notre manière ici et maintenant est toujours dépendante, dépendante de nos conditionnements passés, de nos projets, de nos intentions pour l’avenir. Une telle pratique ne peut pas être paisible, c’est la raison pour laquelle Baso recommande de tout abandonner ici et maintenant en réalisant qu’il n’y a rien à ajouter ni à retirer à notre état d’être présent. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas pratiquer, mais que l’essence même de notre pratique est de n’adhérer à rien, à aucune notion même de satori, d’éveil, de laisser tomber toutes nos fabrications mentales instant après instant en ne s’attachant pas non plus à la vacuité.
A la fin, cela est le mieux compris en restant en contact avec la pratique avec le corps et la respiration. Toutes les explications que l’on peut en donner, ce sont simplement comme le doigt qui pointe en direction de la lune. A chaque fois que l’on revient concrètement à sa respiration, à la verticalité de son dos sans s’attacher à des notions de respiration longue ou courte, de droit ou d’oblique, mais simplement en contact avec le corps et la respiration tels qu’ils sont, à ce moment-là, il y a tout naturellement et inconsciemment lâcher prise, libération, retour à un esprit neuf, on dit parfois que c’est revenir à la source, la source originelle, pure, non souillée.
N’imaginez pas qu’il s’agit de quelque chose d’éloigné, qu’il faille revenir à autrefois. Le retour se fait constamment dans l’ici et maintenant. La source pure est constamment présente ici et maintenant, notre propre esprit avant qu’il adhère à quoi que ce soit. Cet esprit reste toujours vaste comme l’océan.

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