Interviews de pratiquants du zen

 

« Une Voie d’espoir » - Pascal, 31 ans. Eric Tcheou Paysage 4

Comment as-tu rencontré le zen ?
En fait, j’ai commencé par la Pleine conscience. J’étais à un stade de ma vie où je ne savais pas où j’allais, où je me sentais mal. J’ai donc fait un genre de formation à la Pleine conscience. J’ai été très impressionné par le fait que l’on s’assoit et que l’on s’étudie soi-même sans beaucoup agir. Après cette formation, j’ai voulu continuer, mais il n’y avait pas dans les environs une communauté avec laquelle j’aurais pu pratiquer de manière régulière. Ma compagne m’a alors conseillé le zen. J’ai essayé, j’ai trouvé la pratique très enrichissante et j’ai continué.


Est-ce que tu pratiques dans un dojo ?
Oui. On a d’abord essayé de pratiquer zazen à la maison et parfois je le fais après le travail. Mais c’est beaucoup plus facile de pratiquer quand on se dit : « on va au dojo une ou deux fois par semaine », car on y rencontre des gens. Je crois que le groupe est toujours plus fort que l’individu. De plus, le zen dans un dojo, c’est vraiment structuré et … ce n’est pas cher.


Quelles expériences fais-tu pendant zazen ?
C’est assez surprenant vu la simplicité de la méditation. Si l’on dit à quelqu’un : « assieds-toi pendant 40 minutes », il ne va sans doute pas comprendre, mais en fait il se passe plein de choses.
La première chose : c’est prendre conscience. Tu regardes à l’intérieur, tu t’observes, tu vois ce qui se passe et comme ça, tu apprends à te connaitre toi-même. Nous sommes tous avec des tensions, des préoccupations, avec des choses qu’on réprime, qu’on élimine de notre conscience, mais qui sont bien là et qui remontent. Souvent, je pense que nos réactions négatives sont dues au fait que l’on n’est pas conscient de ce qui nous anime.
Une autre chose, (et c’est vraiment une très vieille technique philosophique), c’est apprendre à accepter les choses. Parfois on est frustré que les choses changent. Mais une fois qu’on a accepté ce fait, on peut changer les choses. C’est vraiment génial. En acceptant ce que tu dois accepter, tu es plus capable de maîtriser ta propre vie. Tu n’épuises pas ton énergie dans des choses qui vont à contre-courant, tu marches avec le courant des choses.


D’après toi, quel est le rôle du zen dans la société actuelle ?
D’un point de vue global, la situation de notre civilisation est catastrophique. Les gens vivent pour consommer, pour partager sur les réseaux sociaux, pour avoir plus de choses, être plus confortable … mais cela ne les rend pas heureux.
Je pense qu’il y a eu un effondrement spirituel. Le Christianisme a un problème, parce que ça fait 250 ans que beaucoup de grands penseurs n’y croient plus. En Occident et en Europe en particulier, on est très coupé des traditions, on ne prend plus rien au sérieux. On pense que c’est cela la liberté, la consommation, le confort, mais chacun est préoccupé par soi-même et on devient névrosé. Or tout ça n’est rien face à la mort, car de toutes façons, nous allons mourir. Il faut donc vraiment faire face à la mort au lieu de se dire : « non, je regarde la télé, je ne veux pas y penser ». Bref, on peut vivre comme ça, mais j’ai l’impression que pour les Européens, il faut qu’il y ait l’apport de « quelque chose d’oriental » comme le zen ou le Bouddhisme. Ils ont moins de mal à prendre cela au sérieux, car c’est un peu solennel.
Le zen est une pratique, un travail sur soi-même. Même si les autres pensent mal ou font du mal, travaille d’abord sur toi-même ! Et par ce que tu apprends, par ton « bien-être », tu vas influencer les gens autour de toi. C’est évident, parce qu’on est tous reliés. Je trouve que le zen est vraiment une Voie d’espoir.

 

Eric Tcheou Paysage 5« C’est bien d’avoir confiance » - Thomas, 47 ans.

 Qu’est-ce qui t’a amené au zen ?
Je suis arrivé au zen grâce à des lectures sur le Bouddhisme. Je suis tombé sur un livre qui parlait de l’histoire du Bouddha et des Quatre Nobles Vérités, et cela qui a été une révélation pour moi. Je me suis alors posé la question : « comment procéder ? » Je suis allé voir plusieurs groupes des différentes écoles bouddhistes et c’est du zen que je me suis senti le plus proche.
Est-ce que tu te rappelles de ta première séance de zazen ?
Oui, c’était dans un dojo il y a 7 ans. C’était une découverte. Avant zazen, il y avait une initiation : on m’a d’abord expliqué la posture et la respiration, puis j’ai fait zazen avec les autres. Le premier zazen était douloureux, car mon corps n’y était pas habitué. Mais j’ai vite compris que les douleurs physiques n’étaient que passagères et qu’il fallait pratiquer régulièrement pour les dépasser. Avec le temps, c’est devenu plus facile.


Comment pratiques-tu aujourd’hui ?
Je pratique seul à la maison et aussi dans un dojo, pour garder le lien avec la sangha. Puisqu’il y a toujours des changements dans la posture du corps, c’est bien de se faire corriger. Pour l’étude du Bouddhisme zen également, j’apprécie l’échange avec les autres. Et en sesshin, on a l’occasion d’avoir un échange avec un Maître.

Quel est le rôle du Maître pour toi ?
J’ai mis longtemps à trouver mon Maître. J’en ai vu plusieurs, lors des sesshin ou des camps d’été et me suis demandé qui pourrait être mon Maître. Je me suis rendu compte que l’approche du zen avec un Maître m’intéressait davantage : pour moi, le Maître est comme un guide … mais je n’ai pas la chance de le voir souvent, seulement deux ou trois fois par an.

Pourquoi continues-tu à pratiquer zazen ?
Pour moi, la démarche du zen c’est de cheminer, c’est une Voie. La pratique de zazen m’aide à prendre conscience de mes illusions, de mes attachements, mais il faut du temps. Mais c’est une Voie de libération, alors je continue encore aujourd’hui à pratiquer.

Quelle influence a le zen sur ton quotidien ?
Le zen est toujours présent dans ma vie. Ce que j’observe, c’est que je m’engage plus, même si ce n’est pas toujours facile. Comme je pratique régulièrement, chacune de mes actions est en lien avec le zen, c’est une conséquence.
Pendant un deuil, le zen m’a aidé à passer le cap. Aujourd’hui, mon père est âgé et je l’accompagne, je le vois transformé par la vieillesse. Autrefois, il était difficile pour moi d’accepter ce changement.


Que conseillerais-tu à ceux qui commencent à pratiquer zazen ?
Pour les débutants, c’est bien d’avoir confiance, parce que c’est une Voie qui n’est pas évidente au départ. On est habitué à faire quelque chose dans un but futur, mais pratiquer zazen, c’est être dans le présent. J’ai compris au bout d’un certain temps que c’est un cheminement, que je ne vais pas au dojo pour une heure et puis que « le zen c’est terminé ». Il y a beaucoup d’aspects du zen à mettre en pratique dans la vie quotidienne.

 

« Une paix intérieure s’est installée » - Sarah, 31 ans.Eric Tcheou Paysage 8

Comment es-tu arrivée au zen ?
Il y a déjà quelques années que j’ai commencé le zen. En fait, je me demandais quelles étaient mes valeurs. J’ai donc cherché à trouver une manière de me découvrir et de trouver un chemin pour le futur, car je vivais une période difficile de ma vie. A l’époque, je ne vivais pas loin d’un dojo. J’ai donc suivi une initiation à zazen, puis je suis allée de temps en temps au dojo. Maintenant, j’y vais régulièrement une fois par semaine.
Au début, j’ai trouvé plusieurs choses un peu bizarres, par exemple les cérémonies, ou bien d’être assise face à un mur, ou qu’on s’habille en noir. C’était très différent de ce que j’ai pratiqué avant et je m’attendais à autre chose. J’avais pensé qu’avec la méditation on devenait plus ouvert au monde, et donc pourquoi s’asseoir face à un mur ? Maintenant, cette question ne se pose plus : même si je suis face au mur, je suis en lien avec les autres.

Qu'est-ce qui a changé pour toi depuis ?
J’ai appris à mieux me connaître, à mieux me comprendre. Je crois qu’aujourd’hui, je suis plus attentive aux autres et plus connectée à mon environnement. Il y a une paix intérieure qui s’est installée en moi et j’arrive mieux à travailler avec les autres et à les aider.


Quelle influence a le zen dans ta vie quotidienne ?
Le zen m’aide beaucoup dans la vie quotidienne. Pendant la journée, je suis vraiment très prise par mes activités, je cours à droite et à gauche. Le zen pour moi, c’est faire une pause et c’est devenu une sorte de principe qui accompagne mes actions dans la vie.
Dans ma vie professionnelle aussi, je suis un peu plus sûre ce que je veux faire. Nous faisons beaucoup de projets avec d’autres sociétés et je réfléchis donc plutôt à long terme et aux conséquences de ce que je décide. Or, le zen est justement une Voie « à long terme ».

 

Eric Tcheou Bouddhism 4« Un fil rouge qui me montre le chemin » - Albert, 47 ans.

Pourquoi fais-tu zazen ?
Je fais zazen depuis 2 ans. Quand j’ai commencé, je venais de surmonter une maladie grave et j’étais à la recherche de sens. Depuis mon enfance, j’étais plutôt orienté vers le Christianisme, comme beaucoup de gens sous nos latitudes Il y a deux ans, une amie m’a emmené à une sesshin, une retraite de méditation zen, et ce fut pour moi une expérience décisive. Depuis, je pratique régulièrement. Zazen fait partie intégrante de ma vie.

Pourquoi est-ce que c’était le bon moment pour commencer zazen ?
Je dirais que ma maladie a préparé le terrain pour la pratique de zazen. Le fait que cette maladie ait pu prendre une autre tournure m’a donné l’impression de commencer une nouvelle vie, et pour cela, zazen est un bon accompagnement.

Est-ce que la pratique de zazen t’a aidé à accepter ta maladie ?
Oui, absolument. Zazen m’aide à faire face à la perspective d’une éventuelle récidive de la maladie. Zazen m’aide à vivre plus « dans l’ici et maintenant », avec le moins de peurs possibles, malgré la rechute toujours éventuelle.


Est-ce que zazen a aussi une influence dans ta vie sociale, au travail par exemple, ou dans le quotidien avec ta famille ou avec tes amis ?
En plus de la pratique hebdomadaire au dojo, j’essaie de méditer chaque jour chez moi environ 30 minutes. Je remarque désormais une différence, dans ma façon par exemple d’interagir, de vivre avec les gens et de gérer les conflits. Je pense que, grâce à zazen, je vis les relations de façon plus consciente et en les appréciant davantage. Et de plus, j’ai plutôt tendance à être cérébral et à aborder beaucoup de choses avec le mental. Grâce à la pratique de zazen, j’arrive mieux, par exemple, à être plus spontané avec les autres et à plus suivre mon intuition.

Quels autres thèmes de vie sont pour toi touchés par zazen, par exemple quand tu penses à la grande crise de notre époque ?
J’ai une sorte de confiance fondamentale en la vie et cela depuis longtemps. Ceci fait que je peux, la plupart du temps, penser sans peur au futur. Cette confiance était peut-être avant transcendantale, mais elle est aujourd’hui plus ancrée dans le réel par zazen.
La crise actuelle, qui est très présente dans le nord de la France où je vis, c’est l’immigration. J’essaie d’aider dans mon entourage, par exemple en hébergeant ceux qui cherchent un logement, mais, en fait, cette cause était déjà importante pour moi avant de pratiquer zazen.

Attends-tu quelque chose de particulier de ta pratique de zazen ?
J’attends que zazen continue de me porter dans la vie comme cela m’a porté jusqu’ici, comme une sorte de fil rouge qui me montre le chemin.
Jusqu’où ira mon engagement, on verra. J’ai, par exemple, commencé à m’entrainer à faire les points pour la couture d’un rakusu. Un rakusu prendra-t-il forme finalement ? On verra bien.
Enfant et adolescent, j‘étais très impliqué dans une communauté chrétienne, ce qui, je pense, me fait plutôt hésiter aujourd’hui à intégrer un nouveau cadre de pensée. Cela ne veut pas dire que j’ai l’impression d’être « enfermé dans un corset » par zazen. La question de la portée de mon engagement, d’aller jusqu’à une ordination par exemple, reste aujourd’hui ouverte pour moi.

 

« Le Maître donne une cohérence à notre pratique » - Isabelle, 45 ansEric Tcheou Paysage 7.


Pourquoi pratiques-tu zazen ?
Finalement, le zen a unifié plein d’intuitions dans ma vie et m’a conduite à une libération intérieure. Par exemple, je me sentais un peu décalée socialement, face à la pression sociale et familiale et à des conditionnements dont j’avais du mal à m’émanciper. Je me sentais donc toujours en décalage avec le rôle que l’on s’attendait à me voir jouer.
Avec le zen, j’ai réalisé que ce décalage-là avait tout lieu d’être, mais que je pouvais me fier à mon intuition et m’émanciper harmonieusement de ces conditionnements. Dans le zen, j’ai trouvé cette liberté-là, la liberté de faire des choix, de les assumer et de ne me sentir ni en opposition ni en accord parfait avec quelque chose, mais alignée sur mes convictions profondes.
Ce qui m’intéresse aussi, c’est la partie créative du zen. Je peux créer ainsi ma propre trajectoire intérieure. C’est un peu pour ça que je reste dans le zen. Avant, j’ai essayé d’autres formes de méditation et j’ai fait beaucoup de yoga pendant des années. La méditation yogi m’a donc aussi mise sur la Voie, mais ce n’était pas assez approfondi pour moi, pas assez « radical ».


Qu’est-ce qui est « radical » dans la pratique du zen ?
C’est le fait d’être assise face du mur, ce qui déconditionne complètement, le fait qu’on se trouve seul face à soi-même. Et là, on ne peut plus prendre la tangente. Il y a aussi les enseignements qui nous aident à poser des jalons, des repères.
Ensuite, il y a les interactions avec les autres. La sangha, la communauté des pratiquants, fut pour moi un peu une surprise. Je pensais que zazen était un travail très solitaire, puis j’ai réalisé en cours de route que ce n’était pas le cas du tout. Tous ces apprentissages se révèlent aussi dans les interactions qu’on a au sein de la sangha. Dans cette espèce de relation organique qu’il y a dans la sangha avec le Maître, les disciples, l’enseignement et la pratique, il y a une sorte de flux interactif qui se crée et qui porte notre pratique. En tout cas, personnellement, cela m’a porté et me porte toujours.


Est-ce que tu pratiques dans un dojo ?
Oui, je pratique une fois par semaine dans un dojo et quelquefois à la maison, surtout pendant les vacances. Cheminer seul a ses limites. J’ai trouvé le cheminement plus organique avec le groupe et cette structure-là permet aussi d’éviter de se perdre. La sangha nous fait sortir de notre ego, ce qui est un travail important.


Y-a-t-il des obstacles que tu rencontres pendant zazen ?
Il y a une chose que j’ai apprise : au début, quand les obstacles se présentent la première fois, on a l’impression qu’ils sont un peu insurmontables. Mais petit à petit, on s’aperçoit que finalement, tout se dissout et tout se résout.
Au départ, j’avais beaucoup de mal à rester concentrée. Les obstacles corporels sont aussi des nœuds qu’on cherche à dénouer. Au début, on essaie de faire cela de manière rationnelle, et plus on le fait, plus on s’y enferme. J’ai appris que c’est en pratiquant qu’on surmonte les obstacles et que la pratique porte, parce qu’elle permet de les dépasser.


Est-ce que la notion d’un Maître a une signification pour toi ?
Complètement. J’ai pratiqué quelques années « en électron libre » : j’ai voyagé beaucoup dans différents dojos et rencontré différents styles de pratique. Je n’avais pas conscience de chercher un Maître, cela me convenait bien comme ça. Mais il y avait quand même quelque chose, comme une cohérence qui me manquait. Puis j’ai rencontré un Maître, Roland Rech, et sa pratique a répondu à des questions que je n’avais même pas conscience de me poser. Après avoir pratiqué une journée de zazen avec lui, j’ai ressenti une harmonie intérieure que je n’avais jamais connue auparavant.
Le Maître donne une cohérence à notre pratique. On se nourrit de sa pratique, et peut-être qu’il il se nourrit aussi de la nôtre, du moins je l’espère. Il y a ce lien qui fait que même si l’on pratique ailleurs et avec quelqu’un d’autre, on se reconnecte à la pratique de son Maître. Pour moi, c’est essentiel.


Est-ce que le zen a de l’influence sur ta vie sociale ?
Oui. Déjà quand on revient de sesshin, on est très sociable et beaucoup plus ouvert aux autres. On réagit beaucoup plus vite et de manière beaucoup plus pertinente. Au travail, j’ai des relations plus harmonieuses et dans la vie privée aussi. J’ai remarqué qu’en favorisant la compassion, le zen aide beaucoup à porter les autres, et cela donne un élan supplémentaire dans les relations, notamment pour aider les personnes en difficulté.

 

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